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GARES & URBANISATION METROPOLITAINE

ENTRE HISTOIRE, MEMOIRE ET PROJET

1987

2018

2019

01 février

Séminaire n°2

2019

Le nouveau réseau « Grand Paris Express » comporte 68 nouvelles gares dont certaines viendront compléter des équipements en place depuis le XIXe siècle. Pour ces derniers, alors que commencent déjà les travaux sur certaines parties de ce projet imposant, les connaissances historiques les concernant ainsi que les outils nécessaires à leur analyse patrimoniale font aujourd’hui souvent défaut. Depuis plusieurs années études et recherches de grande qualité mettent en évidence la richesse patrimoniale longtemps négligée de l’environnement périurbain ; on y trouve souvent souligné le rôle stratégique que peut jouer pour le développement économique de ces territoires une mise en valeur du patrimoine relatif notamment, en région parisienne, à d’anciennes activités industrielles[1]. Les gares et les sites ferroviaires qui y étaient si fortement imbriqués, méritent, nous semble-t-il, de faire l’objet d’analyses bénéficiant de connaissances comparables, afin de permettre des décisions d’aménagement aussi éclairées que possible.

Les sites des futures gares du réseau Grand Paris Express font l’objet d’études analytiques de grande finesse menées notamment par l’APUR et l’IAU[2]. Cependant, les dimensions historiques et patrimoniales de ces sites sont relativement peu abordées, faute des connaissances fondamentales nécessaires. Le séminaire proposé aurait pour objet de développer un programme de recherche visant à pallier au moins une partie de ces lacunes.

 

Un lieu d’échange entre cultures disciplinaires et professionnelles distinctes.

Le séminaire sera l’occasion pour notre association de renforcer ses liens avec le monde universitaire tout en permettant des rencontres entre cultures disciplinaires et professionnelles distinctes et qui parfois se méconnaissent. Aux côtés de collègues scientifiques, nous proposons d’associer à cette démarche des acteurs opérationnels, pour lesquels les travaux historiques et patrimoniaux que nous souhaitons développer sont moins habituels : la Société du Grand Paris, Gares et Connexions, APUR, IAU...

Le contenu précis des journées reste à définir, mais nous envisageons pour chacune d’elles un volet historique et un volet patrimonial, où il sera question notamment des défis méthodologiques que présente le programme.

 

Défis méthodologiques : recherches historiques, évaluations patrimoniales

Si l’intérêt et l’utilité du programme de recherche que nous envisageons semblent clairs, un travail préparatoire nous semble nécessaire, pour débattre de certaines complexités méthodologiques. Dans un contexte d’opérations lourdes qui commencent déjà, des travaux d’aide à la décision sont utiles aujourd’hui ; une situation qui bouleverse le phasage entre recherche historique et débat patrimonial. Comment mener de front travaux historiques fondées sur des sources, et analyses patrimoniales axées sur l’existant ?

Pour de nombreuses gares de l’Île-de-France des connaissances historiques élémentaires manquent ou sont incomplètes. Par ailleurs, l’identité architecturale, la typologie des gares sont issues de logiques de ligne et de réseau qui ne correspondent pas aux limites administratives d’une région[3] : l’identité des gares de l’Île de France – comme l’identité de la région elle-même – est nécessairement multiple, nécessitant des recherches documentaires non seulement locales mais par compagnie et par réseau. Comment organiser et soutenir de telles recherches ?

Autre question de méthode : où concentrer les efforts de recherche et d’analyse ? Dans quelle mesure serait-il opportun de focaliser les travaux sur les sites historiques concernés par le futur métro Grand Paris Express ? Ou au contraire de procéder par une logique de sources et de fonds, par réseau historique et par ligne ?

Enfin, l’intérêt patrimonial de ces structures – comme le champ du patrimoine plus largement – fait l’objet d’interprétations nouvelles et changeantes selon des valeurs, des connaissances et des débats sociaux en évolution[4]. Dans le cas des gares de banlieue, les types de patrimoine en jeu sont multiples : architectural et monumental, mais aussi industriel et technique, social et économique, « mémorial » (Bobigny...), voire paysager et environnemental[5]. Cette multiplicité de patrimoines ferroviaires possibles appelle une réflexion spécifique sur la définition de critères et d’indicateurs de valeur ou d’intérêt.

Le séminaire proposé constitue un cadre pluridisciplinaire propice pour débattre de ces défis, où historiens, architectes, urbanistes et spécialistes du patrimoine pourront croiser approches et regards.

 

 

 

[1] Par exemple et entre autres, voir Jean-Baptiste Minnaert (dir.) Périurbains. Territoires, réseaux et temporalités. Cahier du patrimoine n° 102. Éditions Lieux-dits, 2013 ; Antoine Le Bas, Juvisy-sur-Orge. Un territoire, des réseaux. Cahiers du patrimoine n°88, Éditions Lieux-dits, 2007 ; Evelyne Lohr, Geneviève Michel, Nicolas Pierrot (dirs.), Les Grands Moulins de Pantin, l’usine et la ville, Éditions Lieux-dits, 2009 ; Antoine Furio, « Trente ans de reconversion en Seine Saint Denis », Archéologie Industrielle en France n° 60, juin 2012, p. 40-47 ; Nicolas Pierrot « La reconversion du patrimoine industriel en Île-de-France. Approche typologique », dans Rénover, réutiliser, reconvertir le patrimoine, actes du colloque régional des 15 et 16 septembre 2014, Paris, Région Île-de-France, Somogy Éditions d’Art, 2015, p. 117-135.

[2] APUR, Observatoire des quartiers de gare du Grand Paris, monographies de quartiers de gares. Synthèse de l’Observatoire des quartiers de gares du Grand Paris Express. https://www.apur.org/fr/nos-travaux/synthese-observatoire-quartiers-gare-2014-2017.

[3] François Poupardin, L’architecture des bâtiments voyageurs des compagnies de chemin de fer en France, des origines à la seconde guerre mondiale : étude des programmes et des types, Thèse de doctorat en histoire de l’art, Université de Paris 1, 2005.

[4] Voir notamment et entre autres, Nathalie Heinich, La fabrique du patrimoine, de la cathédrale à la petite cuillère. Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2009.

[5] Revue d’Histoire des Chemins de Fer n° 20-21, printemps-automne 1999. « Le patrimoine ferroviaire : enjeux, bilans et perspectives » ; Revue d’Histoire des Chemins de Fer n° 40 2009/1. « Faire l’inventaire du patrimoine ferroviaire. Expériences et méthodes » ; Commission du Vieux Paris, colloque Patrimoine et développement durable : le Chemin de fer de Petite Ceinture, octobre 2011.

 

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