VII -
La libération du territoire et les chemins de fer
À
l'approche du débarquement, les autorités
allemandes organisent l'ordre de bataille. En raison du manque de confiance
des autorités allemandes envers les cheminots français, des
milliers de cheminots allemands, des professionnels mais aussi
des requis, au moral peu résolu, sont alors
envoyés sur le réseau SNCF : ils prennent
connaissance des dispositifs ferroviaires et peu à peu passent à l'exploitation
; toutefois jusqu'au repli allemand, la majeure
partie des transports allemands est assurée, semble-t-il, par des équipes
françaises. De nouveaux responsables, le colonel Höpfner et le
président Wintgen, sont nommés en février 1944 à la tête des Transports
allemands en France et procèdent à un réaménagement des liaisons avec
la SNCF, en instituant notamment la délégation spéciale de la SNCF auprès
de la HVD (Sonderstab SNCF bei HVD Paris), de manière à renforcer la
chaîne du commandement, ceci dans le cadre du futur théâtre d'opérations
Ouest.
Étendant leur sphère d'activité du contrôle à
l'exécution, les autorités allemandes s'insinuent de plus en plus dans
la gestion de la SNCF, du fait de la situation militaire et de la défiance
allemande envers les responsables français. Le directeur général de
la SNCF Le Besnerais s'en plaint, lors de son exposé sur la situation
de la Société nationale devant le Conseil des ministres, à Vichy, le
31 mai 1944. Ces ingérences allemandes se font pressantes pour d'évidentes
raisons stratégiques sur la question des effectifs du personnel de conduite.
Les autorités allemandes demandent ainsi à ce que du personnel de traction
soit recruté et que la banalisation des machines soit introduite à la
SNCF, comme elle est en vigueur à la Reichsbahn. Les interventions des
services allemands se produisent aussi à l'occasion de licenciements
d'agents, notamment d'agent des ateliers de réparation de locomotives.
De leur côté, les Alliés opèrent des bombardements
aériens de préparation dont les chemins de fer sont les principales
cibles. Avec le débarquement, le plan Vert entraîne l'interception
de nombreuses lignes. Par les bombardements, puis par les sabotages,
le trafic ferroviaire est fortement entravé. Le
Ministerialdirektor Dr. Gustav Dilli, troisième personnage de la Reichsbahn
et du RVM, vient spécialement à Paris pour tenter d'impulser la reprise
du trafic. Les autorités allemandes font réparer les voies et les installations
ferroviaires par les sapeurs allemands et français, des entreprises
françaises et allemandes, réparations provisoires qui parviennent à
assurer le repli des forces allemandes à l'Est de la Seine.
Malgré la généralisation des sabotages ferroviaires,
les derniers convois de déportations, raciaux et politiques, continuent
de partir vers l'Est dans l'été 1944.
À
la mi-août, les syndicalistes clandestins lancent la grève insurrectionnelle
qui se substitue à la résistance passive des cheminots. Dans leur déplacement,
les forces allemandes, notamment la division "das Reich",
laissent derrière elles les charniers de massacres sommaires, dont les
cheminots et leurs familles sont souvent les victimes.
© Christian Bachelier, 1996
© SNCF et AHICF, 1999, pour la présente
édition
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