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VI - Le développement de la résistance des cheminots, 1943-1944 Du fait de leurs fonctions, les cheminots occupent une place importante dans la Résistance. Dans un premier temps, ils ont permis le passage de prisonniers de guerre, puis de résistants et de persécutés à travers les lignes séparant les diverses zones dessinées par l'occupant. Ils ont aussi assuré une messagerie clandestine. De ce même fait, ils disposent d'informations concernant les transports allemands. Ce sont ces informations techniques que les réseaux de renseignements rechercheront en milieu cheminot et qui permettront au Bloc-Planning du BCRAL de mettre au point le "Plan vert" visant la neutralisation du réseau ferré au jour J. Ce plan entravera considérablement l'acheminement des renforts ennemis vers le champ de bataille. Lutte armée et sabotage Sur le plan de la lutte armée, les cheminots apportent leur savoir technique en matière de sabotage ferroviaire. Toutefois, saboter la machine n'est pas une réaction immédiate. La titularisation des machines est encore dans de nombreux cas en usage dans les chemins de fer, même si la guerre y a introduit le roulement d'équipes, voire la banalisation. L'attachement à sa machine demeure fort, même en 1944. Au fur et à mesure, ce sont donc aux gens du métier que les mouvements de Résistance vont s'en remettre quant à l'opportunité et au mode d'action. Selon un historique rédigé après guerre : "Les sabotages ont commencé en 1941. Ils ont été d'abord assez peu fréquents ; localisés en certaines régions ils ne portaient guère que sur la voie courante et rarement sur les locomotives ou les installations fixes des gares et des dépôts. Leur fréquence s'est accrue dans le courant de 1943. Au printemps de 1944, ils se sont multipliés et se sont étendus non plus à la voie courante mais aux installations des gares et des dépôts ainsi qu'aux ouvrages d'art (42)." Les sabotages en ligne notamment à l'explosif ont des effets très aléatoires et ne paraissent pas avoir été commis par des cheminots. Cette technique semble en effet approximative dans ses résultats et ses cibles. Certaines pratiques de sabotage semblent alors plus le fait de cheminots, telle l'introduction de sable ou de graviers dans les boîtes d'essieux, ici contre des rames militaires allemandes, la coupure des accouplements de frein, ou le sabotage en ateliers de véhicules destinés à la Reichsbahn. Les diverses formes de la Résistance cheminote Parmi les cheminots, la Résistance prend des formes diverses. Une typologie de ces résistances, où s'entrecroisent critères sociaux et fonctionnels, critères politiques et militaires, peut être esquissée rapidement:
La répressionCorrélativement aux sabotages s'est développée la répression. Les exécutions sommaires vont désormais en se multipliant. De mai à août 1944, la répression connaît son plus haut point avec les opérations de préparation et puis d'accompagnement du débarquement allié. Les arrestations de cheminots suivies de déportation décroissent, sans doute avec l'effondrement du trafic ferroviaire, tandis que le nombredes fusillés atteint son sommet avec 75 en août 1944. C'est la période des exécutions sommaires et des massacres. Ainsi, dans la nuit du 1er au 2 avril 1944, 86 personnes sont massacrées par les S.S. dans une cité de cheminots d'Asq. La terreur va se développant dans l'été 1944. Les cheminots ont versé un lourd tribut à la libération de la France, avec, au total, 819 fusillés et plus de 1 200 morts en déportation. L'essentiel de la répression s'est abattu sur les agents d'exécution parmi lesquels, sur un total de 1 647 cheminots tués, on compte 1 458 victimes, et les agents "hors statut". Les agents d'exécution ont donc été particulièrement frappés par les condamnations à mort prononcées par la justice militaire allemande et par les représailles sommaires. En revanche plus des deux tiers des 37 victimes d'échelons supérieurs sont mortes en déportation et 5% ont été fusillées. © Christian Bachelier,
1996 42- AN, 72AJ 419, note pour "l'historique des voies de communication pendant la Guerre 1939-1940. De l'armistice du 25 juin 1940 à la capitulation allemande du 8 mai 1945", s.d. [fin 1948]. 43- AN, 72AJ 496, dossier Norbert Lejeune, circa 1965. 44 -AN, 72AJ 495, dossier Ambroise, mai 1960.
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