Rails et Histoire

Trains de vies. Enquête sur la SNCF d’aujourd’hui - Ariane Verderosa

Paris, Ed. Autrement, 2004, 329 p., 14,95 €.

Compte rendu par Joanne Vajda, février 2005

Le livre est l’œuvre d’une journaliste de l’AFP, spécialisée dans la vie sociale des entreprises, qui s’est familiarisée avec la SNCF après avoir été sollicitée par celle-ci pour collaborer à un projet interne de rénovation managériale entre 2002 et 2004. L’auteur affirme exprimer un point de vue parmi d’autres sur le monde ferroviaire actuel et son évolution. Elle laisse par ailleurs aussi la parole à dix—huit cheminots choisis de façon arbitraire, qui incarnent autant de métiers parmi ceux qui concourent au fonctionnement de la SNCF.
Le point de vue d’Ariane Verdosa se trouve résumé dans un paragraphe de la conclusion, p. 323-324 : « Les cheminots constituent, dit-on, une famille. La SNCF est leur bonne mère, qui leur doit assistance fidèle. Le chef (d’équipe, de secteur, d’unité…) y est un père qui doit mériter le respect, quitte à se faire bousculer souvent. Pour les frères et sœurs, la solidarité joue surtout en cas de menace extérieure… ».
« Une famille où la norme commune s’impose à tous, définissant les contours explicites à l’intérieur desquels beaucoup de petits arrangements sont toujours possibles. »
L’auteur traite, dans l’ordre, de l’ambiance des gares les jours de grande affluence, de la politique commerciale imaginée par la SNCF, de la redéfinition du métier de contrôleur et de la régulation du trafic et des contraintes horaires, avant d’expliquer « d’où vient historiquement la SNCF ». Elle aborde ensuite la question de la relation entre la SNCF et RFF, puis évoque les différents types de trains, TGV, TER, Corail, Transilien et RER, que les voyageurs prennent aujourd’hui, avant de s’arrêter sur le rôle que joue le TGV. Elle explique ensuite que la décadence du transport ferroviaire n’est pas seulement due au développement du réseau routier, mais aussi au mauvais service de la SNCF. Ariane Verdosa ne se fait pas de souci particulier pour l’avenir de l’entreprise, dont la privatisation ne semble pas à l’ordre du jour, faute d’investisseurs privés prêts à mobiliser d’énormes capitaux. Elle donne aussitôt après une idée des sommes prélevées pour la SNCF dans les caisses publiques.
Les conflits et les manifestations des cheminots ne sont pas oubliés. Ariane Verdosa exprime son point de vue sur la relation entre la direction et les syndicats et explique la nécessité des grèves. Enfin, « la SNCF pourrait faire mieux, et pour moins cher » (p. 275), si les politiques menées par les élus étaient plus cohérentes.
Intérêt pour l’historien des chemins de fer  : On est toujours un peu sceptique en ouvrant ce genre d’ouvrage, car on s’attend à trouver un portrait complaisant, ou son contraire, selon l’expérience vécue par son auteur au sein de l’entreprise. Malgré quelques (fausses ?) naïvetés et le fait que les idées soient livrées dans un grand désordre, Ariane Verdosa semble donner un point de vue personnel, tantôt appréciant tantôt critiquant l’attitude de l’entreprise vis-à-vis des cheminots et des usagers. Elle pointe du doigt les avantages qu’en tirent les employés et les dysfonctionnements de l’institution, confirmant certaines idées acquises, mais en bouleversant d’autres.

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