Rails et Histoire

Sociologie des mobilités. Une nouvelle frontière pour la sociologie ? - John Urry

Traduit de l’anglais par Noël Burch, [Sociology Beyond Societies : Mobilities for the Twenty-First Century, London, Routledge, 2000] - Paris, Armand Colin, Coll. U Sociologie, 2005, 253 p.

Compte rendu par Joanne Vajda, juillet 2005

Professeur à l’université de Lancaster, John Urry a déjà publié de nombreux travaux, parmi lesquels des ouvrages sur la consommation et le tourisme, The Tourist Gaze (1990) et Consuming Places (1995), devenus des ouvrages de référence. Sociology Beyond Societies, qui paraît en français grâce au concours de l’Institut pour la ville en mouvement / PSA Peugeot-Citroën, est issu de son analyse des transformations sociales contemporaines à partir de la question des mobilités. Il s’agit, comme il le dit lui-même, d’un manifeste pour une sociologie nouvelle, qui exige une reformulation des objets, des méthodes et des problématiques traditionnelles de la discipline. Pour repenser cette discipline, il propose donc de rompre avec l’étude du concept de société « enchâssé dans les notions d’État, de citoyenneté et de société nationale » (p. 19) au profit de l’examen de la mobilité, vue comme un phénomène à la fois géographique et social qui organise les flux et les réseaux des êtres humains et des objets. L’auteur s’intéresse aux pratiques socio-spatiales liées à la mobilité et à leurs conséquences sur la vie sociale, mais aussi aux rapports qui s’établissent entre les objets et les êtres humains à travers les sens. Il aborde des questions comme celle du temps, de l’habiter et de la citoyenneté, offrant des critiques des concepts actuels et estimant que ceux-ci sont à revoir à la lumière des nouvelles pratiques générées par les mobilités.
John Urry déplace les frontières de la sociologie, n’hésitant pas à utiliser des références littéraires ou à convoquer divers domaines, telle la philosophie, pour étayer sa démonstration.
Intérêt pour l’historien des chemins de fer  : Il n’y a pas que le 3e chapitre, « Voyager », dans lequel l’auteur évoque le chemin de fer et son rôle dans la structuration de la mobilité moderne, qui intéresse particulièrement l’historien des chemins de fer. Celui-ci trouvera des références directes au chemin de fer dans d’autres chapitres, comme dans celui sur les temporalités, où il est question du temps-horloge. Mais, plus généralement, en lisant John Urry on a la preuve, si besoin est, que la mobilité est une clé qui permet de mieux comprendre l’évolution de la société.

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