Rails et Histoire

Séminaire d’études. La région parisienne industrielle et ouvrière. Culture et recherches - François Faraut, Noëlle Gérome (dir.)

Paris, D.R.A.C. Ile-de-France/ URA 1738 C.N.R.S./UMR 306 C.N.R.S., puis RATP, 1995-2001, 7 vol.

Compte rendu par Joanne Vajda, mai 2003

Cette série publie les actes des premières années (1995-2001) d’un séminaire d’études animé par les ethnologues Noëlle Gérôme et François Faraut et soutenu par la Direction régionale des affaires culturelles d’Ile-de-France, par le Centre de recherche d’histoire des mouvements sociaux et du syndicalisme (C.R.H.M.S.S.) de l’Université Paris I – Panthéon-Sorbonne et par l’U.R.A. 1738 du C.N.R.S., « Histoire sociale, territoires et militants », auxquels se sont joints, à partir de 1996, la mission Archives-Mémoires de l’entreprise de la R.A.T.P. et l’U.M.R. 306 du C.N.R.S. « Centre d’ethnologie française » du Musée national des arts et traditions populaires.
Ce séminaire est né de la nécessité de réunir des intervenants susceptibles d’apporter leur contribution à la conservation du patrimoine culturel industriel de la région parisienne. Ce qui fait son principal intérêt est bien le croisement d’approches diverses à travers les contributions d’ethnologues, de sociologues, d’historiens, d’archivistes, d’archéologues et les témoignages de divers acteurs. Durant l’année 1995-1996, il explore quelques fonds d’archives importants, puis tente de repérer et de décrire certains fonds d’images et d’objets relatifs à l’activité industrielle et à la condition ouvrière et conservés dans quelques musées de la région parisienne. L’année suivante le séminaire regroupe des exposés thématiques liés aux phénomènes urbains, culturels et sociaux qui se déroulent autour des voies et des moyens de transport de l’Ile-de-France.
Les transformations de l’espace dues à la mobilité, aux flux, aux échanges et aux approvisionnements de la région parisienne font l’objet du séminaire en 1997-1998.
Le programme de l’année suivante comprend l’analyse des institutions liées à différentes formes de solidarité qui ont participé à l’amélioration des conditions de vie de la population de l’Ile-de-France. En 1999-2000, le thème du séminaire est celui des « Forgerons de Paris ». C’est une approche des problématiques d’histoire technique, sociale et culturelle, porteuses de rêves et de mythes.
La septième année publiée du séminaire (2000-2001) est consacrée aux représentations du corps et à la santé de la population ouvrière. Plusieurs interventions sont susceptibles d’intéresser les historiens des chemins de fer.
En voici quelques-unes, par ordre chronologique :
Dans la première livraison, Henri Zuber, directeur du Département Archives de la R.A.T.P., recense les fonds d’archives liés à l’histoire des transports en commun de la région parisienne et décrit les quatre fonds principaux qui composent les archives de la R.A.T.P. Hélène Jantzen explique la création de l’Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France et s’attarde sur le rôle de la Cellule du Patrimoine Industriel.
Michel Guillot, à travers l’histoire du musée de Suresnes, et Elisabeth Lezé-Olivier, à travers la collection du musée de Colombes, évoquent, dans le second volume, le rôle du chemin de fer et des gares dans le développement urbain des deux communes, rappelant également l’activité industrielle et le mouvement ouvrier dans ces deux villes. Le volume dédié aux moyens de transport comprend quelques interventions liées au chemin de fer, telle celle de George Ribeill qui présente une approche du patrimoine ferroviaire mobilier et immobilier de la région parisienne, celle de Sheila Hallsted-Baumert qui évoque la question de la création du métropolitain parisien ou encore celle de Mark Denison qui retrace l’histoire du London Transport Museum et explique la manière dont s’est constituée la collection.
Dans la 4e livraison, Alain Beltran explique le développement du réseau électrique parisien entre 1889 et 1939, tandis qu’Olivier Namias se penche sur l’infrastructure que nécessite la production, puis la distribution de l’électricité à la même époque.
A travers une intervention faite en 1998-1999, Michel Dreyfus étudie la relation entre mouvement syndicaux et sociétés mutuelles. Agnès Magnien, puis Sylvie Zaidman, des Archives départementales de la Seine-Saint-Denis, analysent la composition des archives syndicales pour évoquer la question de la solidarité. Frédérique Jacquet dresse un inventaire du fonds des archives municipales de Saint-Denis en relation avec les sociétés de secours mutuels et les services municipaux de solidarité et de prévoyance.
Au sujet des forgerons, nous retiendrons l’intervention de Robert Kosmann sur les forgerons de la RATP et la forge de l’atelier central de Championnet. Dans le même volume, Henri Zuber présente le fonds de la médiathèque de la RATP et ses outils de recherche. Dans le 7e volume, Yves Bucas-Français étudie la généalogie de la notion d’aptitude à la Compagnie Générale des Omnibus, tandis que le témoignage de Daniel Avice, ancien cheminot et président de la Mutuelle des Cheminots de la Région Parisienne (MCRP), complète l’intervention de George Ribeill, qui n’a malheureusement pas pu être publiée, sur la politique de santé des compagnies des chemins de fer.
L’intérêt d’un séminaire interdisciplinaire n’est plus à démontrer, car il est évident que les différents regards enrichissent les pratiques de la recherche. Même si certains fonds d’archives présentés sont bien connus des historiens, la présentation de fonds conservés dans les musées de la région parisienne incite les chercheurs à utiliser davantage les documents concernant l’histoire locale, introuvables ailleurs. Le séminaire continue cette année, sous la direction de François Faraut (DRAC Ile-de-France), Henri Zuber, responsable de l’Unité mémoire de l’entreprise-Information documentaire de la R.A.T.P. et de Sylvie Zaidman, attachée de conservation du patrimoine aux Archives départementales de la Seine-Saint-Denis sous le titre : "La Région parisienne, territoires et cultures" et l’on ne peut que s’en réjouir. Néanmoins, une orientation supplémentaire devrait à notre avis être ajoutée au travail déjà accompli, car la découverte de la région parisienne industrielle et ouvrière ne saurait se passer de la production architecturale : des usines aux habitations, tout cela reste à découvrir, nous l’espérons, dans de prochaines séances.

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