Rails et Histoire

Profession de foi. Pour l’honneur de la politique - Charles Fiterman

Paris, Seuil, 2005, 368 p., 21 €.

Compte rendu par Joanne Vajda, janvier 2006

Charles Fiterman a participé, en tant que dirigeant du parti communiste durant plus de vingt ans, aux grands moments du communisme français. Nommé ministre d’État dans le gouvernement de Pierre Mauroy, il a la charge du ministère des Transports de 1981 à 1984, ce qui lui permet de découvrir les côtés cachés de la gestion gouvernementale, dont il rend compte avec un certain humour. Dans cette autobiographie, Charles Fiterman ne se limite pas à retracer son propre parcours, il livre aussi ses réflexions sur les principaux événements politiques et sociaux qui se sont déroulés ces quarante dernières années. Mais, ce qui intéresse particulièrement l’historien des chemins de fer, c’est son activité dans le domaine des transports, auquel la France n’avait pas accordé jusque là l’attention méritée, puisque celui-ci était régi par un décret de 1949. Charles Fiterman jette donc les bases d’une politique des transports, plus adaptée aux nécessités du moment, qui conduira à l’élaboration de la loi d’orientation des transports intérieurs (LOTI), parue au Journal officiel du 31 décembre 1982.
Charles Fiterman s’attarde longuement sur ses relations complexes avec la SNCF. Attaché à promouvoir « une nouvelle fierté d’être cheminot » (p. 187), il aide cette entreprise en déclin à retrouver son dynamisme. Convaincu de l’intérêt de développer le transport ferroviaire et s’étant rendu compte que la SNCF, depuis sa création en 1937, fonctionnait avec un capital de 14,2 millions de francs et n’avait bénéficié d’aucune dotation de la part de l’État, il obtient pour celle-ci, dès 1981, un capital de 4 milliards de francs. Il soutient aussi la réouverture de quatre lignes d’intérêt régional et encourage même le développement des petits trains touristiques. Il participe à l’inauguration du TGV (pour la construction duquel Georges Pompidou avait donné son feu vert en 1974), veille à l’amélioration des qualités techniques de tous les trains, mais aussi au renouvellement des méthodes de gestion de l’entreprise et à l’existence du dialogue social avec les cheminots. Malgré l’opposition du directeur général de la SNCF, Charles Fiterman réussit à instaurer un comité d’entreprise dont, curieusement, la SNCF était encore dépourvue.
Intérêt pour l’historien des chemins de fer  : Ce document vient confirmer l’importance, soulignée par des études et colloques récents, des années 1981-1984 dans l’histoire politique et économique française et, tout particulièrement, dans le secteur des services et transports publics où Ch. Fiterman a joué un rôle important. Ces Mémoires seront à mettre en parallèle avec les fonds d’archives orales en cours de constitution.

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