Rails et Histoire

Patrimoine. Le « Mât Lartigue » de la gare de Noyelles est remis par Réseau ferré de France au Chemin de fer de la Baie de Somme

RFF a demandé à l'AHICF de l'aider dans la définition d'un programme de sauvegarde et de conservation des postes d'aiguillage remarquables bientôt désaffectés dans le cadre de la rénovation du réseau ferré national.

Patrimoine. Le « Mât Lartigue » de la gare de Noyelles est remis par Réseau ferré de France au Chemin de fer de la Baie de Somme

Le mât de block Lartigue

Le mât de block Lartigue était à sa création dénommé "électro-sémaphore" Lartigue, c’est-à-dire qu’il portait des signaux d’arrêt pour chacune des voies, solidaires de boîtes de manœuvre, placées sur le pied du mât. L’électro-sémaphore, inventé par Henri Lartigue (1830-1884), assure la totalité de la fonction "block-system" (ou block) qui règle l’espacement des trains qui se suivent sur une même voie, évitant tout risque de rattrapage et de collision. Les boîtes de manœuvre permettent, par liaisons électriques avec les gares ou postes encadrants, l’enclenchement des signaux, autorisant ou non le passage d’un train d’une section de voie (dite « canton » ou « section de block ») à la suivante.

Le premier exemplaire a été installé en 1874 sur la ligne Paris-Creil (Compagnie du chemin de fer du Nord). Sur la section de ligne d’Amiens-Saint-Roch à Étaples, l’électro-sémaphore de la gare de Noyelles a été installé le 2 mai 1882.

Il a perdu sa fonction de sémaphore en 1972, reportée sur des panneaux lumineux, ce qui a modifié son aspect. Il a fonctionné en l’état jusqu’au 10 décembre 2011, date à laquelle la ligne a été équipée en block automatique. Remis le 27 avril 2013 par Réseau ferré de France au Chemin de Fer de la Baie de Somme, il est désormais propriété de cette association.

Le programme : Patrimoine des postes d’aiguillage

Le développement du mode ferroviaire conduit RFF à procéder à la rénovation des voies et des équipements du réseau dans une mesure inconnue depuis un demi-siècle. Ainsi, le vaste programme de renouvellement de postes de signalisation qui est engagé et qui s’accompagne de la mise en commande centralisée du réseau entraînera dans les décennies qui viennent le démontage de 1 400 postes d’aiguillage qui témoignent des différentes étapes de cette technologie (premiers PRS des années 1950, PRG des années 1960) ainsi que des installations associées (signaux, blocks automatiques).

La continuité des formes, la mémoire des systèmes suppose la sauvegarde de certains de ces éléments dans leur état actuel : bientôt désaffectés de leur fonction ferroviaire ils pourraient assumer la fonction de témoin d’une époque antérieure et en transmettre les caractères et l’expérience.

Dans la mesure où la conservation du patrimoine, tout comme l’histoire des techniques et la mémoire des métiers, impliquent des compétences qui se trouvent dans les instituts de recherche, les services spécialisés des collectivités publiques ou dans le mouvement associatif, RFF a souhaité accompagner la rénovation du réseau d’un double mouvement :

  • Une sélection d’éléments représentatifs de l’évolution des techniques et des métiers de la signalisation, de l’aiguillage et de la régulation. Menée par MM. Alain Gernigon et Daniel Wurmser, l’enquête à abouti à la constitution d’une liste évolutive de 25 postes d’aiguillage ;
  • La dévolution de ces éléments, après une étude approfondie (historique, patrimoniale, économique et touristique) à des acteurs susceptibles de les faire vivre comme patrimoine et de faire comprendre dans l’avenir des systèmes et d’appréhender des métiers dont certains n’existeront plus à un public étranger à leur fonction ferroviaire.

L’AHICF apporte à RFF avis, concours et assistance dans cette opération. À ce jour (avril 2013), trois postes ont bénéficié de mesures de sauvegardes ou d’études en vue de leur préservation (Millau, Saint-Denis-près-Martel – étudiés par l’université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand – et Rennes – université Rennes 2).

Le mât Lartigue de Noyelles a été désigné parmi les premiers éléments susceptibles de trouver une destination en contribuant au paysage ferroviaire dans le cadre d’une exploitation touristique. Il est le seul représentant du système Lartigue dans le programme.

Ci-dessus, de g. à dr. : Alain Gernigon, expert et écrivain ferroviaire, historien de la signalisation, Lucette Vanlaecke, directrice régionale pour les régions Nord-Pas-de-Calais et Picardie de RFF, Maurice Testu, président du chemin de fer de la baie de Somme, Serge Michel, directeur du projet Atlantique 2017 à RFF et ancien directeur de la rénovation du réseau, Jean-Louis Rohou, président délégué de l’AHICF et administrateur délégué de l’UNECTO réunis le 27 avril 2013 à l’occasion de la remise des clés du signal Lartigue de la gare de Noyelles au CFBS par RFF, l’un des événements de la Fête de la Vapeur en baie de Somme 2013. Ils inaugurent la plaque qui décrit ce signal, composée par Alain Gernigon et illustrée de dessins originaux de Daniel Wurmser, qui nous avait hélas quittés quelques jours auparavant, empruntés à son ouvrage Signaux mécaniques, Tome 1, Généralités, postes d’aiguillage, réseau Nord (s.l., Presses Éditions Ferroviaires, 2007). Cliché d.r.
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