Rails et Histoire

Nécrologie - Maurice Geiger (1925-2012), une vie consacrée au chemin de fer

Membre fondateur de la FACS, la Fédération des amis des chemins de fer secondaires, constituée en 1957 avec d’autres membres de l’Association française des amis des chemins de fer elle-même fondée en 1922 et davantage tournée vers le chemin de fer à voie normale, Maurice Geiger a été l’un des fondateurs du premier chemin de fer touristique et historique en France sur une ligne dont le trafic commercial avait été suspendu, le Tramway de Pithiviers à Toury. Pendant plus de quarante ans, M. Geiger s’est dévoué à la renaissance et à l’exploitation des chemins de fer à voie étroite ; infatigable animateur d’associations, excellent communicant, il a contribué plus que tout autre non seulement à l’érudition ferroviaire mais à la vie et à la transmission du patrimoine en mouvement.

Nécrologie - Maurice Geiger (1925-2012), une vie consacrée au chemin de fer

Né à Strasbourg le 15 avril 1925, Maurice Geiger passe sa jeunesse dans cette ville jusqu’en 1939. Sa passion pour le chemin de fer débute dès l’enfance. Elle est alimentée par plusieurs « événements ferroviaires » avec, en premier lieu, de nombreux déplacements à la gare de Strasbourg avec ses parents. En effet, le père de Maurice (qui n’est pas cheminot) utilise fréquemment le train pour ses déplacements professionnels. Sa femme vient régulièrement l’accompagner ou le chercher à la gare de Strasbourg en emmenant le petit Maurice qui peut ainsi contempler à loisir le trafic des trains dans cette gare importante. Par ailleurs, la famille entreprend chaque année en été un voyage au long cours depuis Strasbourg jusqu’à Argenton-sur-Creuse, d’où est originaire la maman de Maurice : départ de Strasbourg par un train de nuit de la Compagnie de l’Est, arrivée le matin suivant à Paris et, ensuite, trajet depuis Paris (gare d’Orsay) jusqu’à Argenton-sur-Creuse par le Paris-Orléans avec un relais traction à Vierzon jusqu’en en 1934. Pendant l’été 1935, la traction électrique sera déjà en place jusqu’à Brive. À Argenton, la famille loge dans les quartiers hauts de la ville d’où on voit bien la ligne Paris-Toulouse du côté sud d’Argenton ; de ce côté il y a une rampe assez forte en direction de Brive qui exigeait la double traction vapeur pour les trains lourds. Il y a également les tramways de l’Indre à voie métrique en activité jusqu’en 1935.

Ce cycle s’achève en 1939. Comme tous les autres civils alsaciens de ce secteur, la famille de Maurice est évacuée de Strasbourg au début de la Deuxième Guerre mondiale. C’est tout naturellement que cette famille se réfugie à Argenton-sur-Creuse pour la durée de la guerre. En 1944, à l’âge de 19 ans, Maurice Geiger s’engage dans la nouvelle armée française pour participer à la libération du pays. Cet engagement survient peu de temps après le massacre d’Argenton-sur-Creuse perpétré le 9 juin 1944 par un régiment de la division « Das Reich » (67 victimes). L’unité de la Première Armée où est incorporé Maurice Geiger est d’abord affectée sur le front des Vosges pendant l’hiver 1944-1945. Elle termine la guerre à Saint-Nazaire pour contenir l’enclave occupée jusqu’au 8 mai 1945 par l’armée allemande.

Ensuite viennent les années de maturité, le premier emploi dans la région parisienne dans le négoce du bois et son mariage en 1953. La passion du chemin de fer qui animera Maurice Geiger toute sa vie s’affirme alors. Il adhère à l’AFAC (Association française des amis des chemins de fer) et pratique le modélisme ferroviaire dans un premier temps. La famille s’agrandit avec la naissance de cinq enfants pendant la deuxième moitié des années 1950. Du côté ferroviaire, Maurice Geiger rencontre d’autres passionnés de l’AFAC qui s’intéressent plus particulièrement aux chemins de fer régionaux et aux tramways. Pour compléter l’activité de l’AFAC centrée sur le chemin de fer à voie normale, ils se regroupent et créent la FACS, Fédération des mais des chemins de fer secondaires, en 1957. Cette nouvelle association prend rapidement de l’ampleur. Des voyages sont organisés sur de nombreux réseaux départementaux ou de tramways. Des locomotives et du matériel roulant sont sauvegardés pour un futur musée. L’activité professionnelle de Maurice Geiger lui permet de rester en contact fréquent avec les membres de la FACS car il voyage régulièrement dans toute la partie Est de la France pour visiter ses clients. Il devient ainsi une sorte d’« envoyé en mission » de la FACS. Il restera vice-président de la FACS pendant de longues années. C’est aussi l’époque de la fondation de l’AMTUIR (Association pour le Musée des transports urbains, interurbains et ruraux) à laquelle il participe également. L’AMTUIR est plus orientée "tramways" et rassemble aussi une collection historique dans le dépôt-musée de Malakoff en proche banlieue parisienne. Toute cette activité ferroviaire se développe dans les années 1960. Maurice GEIGER se rend souvent dans la région de Pithiviers seul ou en groupe avec la FACS pour y observer et emprunter le TPT (Tramway de Pithiviers à Toury). Ce réseau est à l’époque une extraordinaire collection de matériel à voie de 0,60 m comportant en particulier des locomotives à vapeur variées. Son activité est intense pendant les campagnes de collecte des betteraves à sucre. Mais en 1964, la nouvelle tombe : les sucreries de Pithiviers et de Toury abandonnent la collecte des betteraves par fer et passent aux camions. Ce chemin de fer, déjà un musée vivant, est condamné à la fermeture. Pour éviter cette disparition totale, la FACS et l’AMTUIR décident de créer la première ligne-musée française pour conserver un témoignage opérationnel de ces petits chemins de fer que l’on trouvait partout en France. La ligne de Meyzieu près de Lyon, également à voie de 60 était un peu antérieure mais c’était une création ex nihilo alors que « Pithiviers » reprend une portion de ligne historique ouverte depuis 1892 et comporte une partie « musée ». Maurice Geiger fait partie de l’équipe qui se met en place. Il restera trésorier de l’association pendant de longues années. Le premier train de l’Association du Musée des Transports de Pithiviers (AMTP) roule le 23 avril 1966 en traction vapeur, bien sûr ! Petit à petit, l’AMTP deviendra la matrice de bien d’autres réseaux, à voie étroite ou à voie normale car de nombreux jeunes (et moins jeunes) viendront à Pithiviers pratiquer le « chemin de fer à l’ancienne ». Cette organisation essaimera dans tout le pays quand ces passionnés partiront dans d’autres régions pour sauvegarder des lignes historiques.

Photo ci-dessus : Le 2 juin, Maurice Geiger recevait la médaille des chemins de fer des mains de Jean-Louis Rohou. Cliché Jean-Paul Lescat, tous droits réservés.

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