Rails et Histoire

Les Contestations du TGV Méditerranée. Projet, controverse et espace public - Jacques Lolive

Préface de Bruno Latour, Paris, L’Harmattan, 1999, 314 p.

Compte rendu par Joanne Vajda, mars 2003

Le plan de l’ouvrage, très clair et bien conçu permet de passer outre le fait qu’il s’agit d’une publication partielle d’une thèse en science politique, "Les contestations du TGV Méditerranée : la mise en œuvre controversée d’une politique de réseau" soutenue par l’auteur en janvier 1997 à l’Université de Montpellier I sous la direction de Michel Miaille.
La concurrence avec l’avion impose à la SNCF une conception radiale du tracé du réseau ferré reliant les grandes villes à la capitale française. Le TGV façonne le territoire qu’il traverse mais bouleverse aussi la vie des riverains. L’auteur montre à travers le conflit causé par le tracé du TGV Méditerranée comment les contestations associatives transforment l’analyse des politiques publiques, comment elles obligent à recourir à d’autres théories et quel est leur rôle dans le renouvellement de la conception du politique.
L’étude débute par un bref rappel de la genèse de la politique de réseau des grandes vitesses qui permet de déceler les difficultés qui pèseront sur sa mise en œuvre. La première partie est dédiée à l’analyse de cette mise en œuvre. Les contestations qui entourent la tentative d’insérer un projet ferroviaire dans les territoires de Provence révèlent les limites du projet. L’auteur se penche ensuite sur l’amplification du mouvement associatif.
Dans la seconde partie il dresse un bilan des contestations multiformes de ce projet et des transformations de la politique publique qu’il a engendrées. Les obstacles à l’instauration d’un débat démocratique sont nombreux et l’on ne cesse de le séparer de l’élaboration du projet tout en éloignant simultanément le public des enjeux locaux.
J. Lolive conclut, en parfait accord avec B. Latour, en évoquant la nécessité d’imaginer un lieu nouveau où tous les acteurs puissent se rencontrer, afin de suivre ce genre d’expériences et tirer les enseignements qui en résultent.
Intérêt pour l’historien des chemins de fer  : A travers la mise en évidence des relations de la SNCF avec les pouvoirs publics et le mouvement associatif, les dimensions politiques et sociales de la construction du réseau renouvellent l’histoire "classique" des grandes vitesses qui s’arrête le plus souvent à la conception du système.

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