Rails et Histoire

"Le patrimoine ferroviaire", Les Cahiers de l’urbanisme, n° 40-41 (septembre 2002)

Edité par le ministère de la Région wallonne, Direction générale de l'Aménagement du territoire, du Logement et du Patrimoine / Mardaga, Liège) Format : 29,7 x 21 cm, 168 p., 17 Euros. Diffusion : DILIBEL, place Stéphanie, 20 , B-1050 Bruxelles, tél. : + 32 2 508 04 51 marabout.diffusion@dilibel.be.

Compte rendu par Joanne Vajda, mars 2003

Ce numéro aborde la question du patrimoine ferroviaire en Belgique, pays qui possédait le réseau le plus dense du monde jusqu’en 1950, selon Gilbert Perrin et Jacques Botte, auteurs figurant parmi les signataires d’articles. Structurée en quatre parties – le rail, les empreintes - un patrimoine, la gare, le rail passion – la revue offre un regard sur les nombreux questionnements que soulève ce patrimoine.
Après un rappel historique général concernant le rôle de l’Angleterre dans l’apparition et le développement du chemin de fer, le premier article, « Le chemin de fer et ses enjeux » de Liliane Voyé, replace le réseau belge dans le contexte européen, soulignant son rôle de pionnier et rappelle ses incidences économiques, politiques et urbanistiques sur l’ensemble du territoire. C’est aussi l’occasion d’évoquer le rapport humain au chemin de fer, à travers la relation avec le train et la gare, qui engendrent la peur et, plus tard, la passion des collectionneurs, ou qui stimulent l’imagination des artistes.
« La gare Lille-Europe », contribution d’Alain Bourdin, est l’occasion de souligner l’importance de ce nœud pour la circulation ferroviaire entre Londres, Paris et Bruxelles. Gérard Bavay propose ensuite une promenade à travers Braine-le-Comte, plaque tournante du réseau ferroviaire belge située en Wallonie. Il évoque l’activité économique engendrée par le chemin de fer, les ouvrages d’art et leur relation avec le monde végétal.
Trois articles successifs retracent la chronologie de quelques tronçons ferroviaires et leurs transformations : « Le chemin de fer de Bruxelles à Tervuren (ligne 160 ou BT) » par Gilbert Perrin et Jacques Botte, « La construction de la ligne 163a Bertrix-Muno (1900-1914) » par Guido Hossey et « Le rail à Bastogne » par Robert Fergloute.
Jacques Charlier et Tom de Schutter se penchent sur l’évolution du réseau ferroviaire belge dans la deuxième moitié du XXe siècle, tandis que Christian Badoux et Francis Thys s’attardent sur l’histoire de la Société Nationale des Chemins de Fer Vicinaux.
Jean Pol Van Reybroeck, Pierre Govaerts, Bernard Declève et Kim de Rijck rendent compte d’une réflexion interdisciplinaire proposée comme thème aux étudiants de 3e cycle en urbanisme et développement territorial à l’Université catholique de Louvain, portant sur les incidences du projet RER et les perspectives urbanistiques de recomposition des quartiers de gare à Genval et Rixensart.

La deuxième partie débute avec la contribution d’Anne Daubechies sur le réseau de voies vertes pour l’Europe, voies qui valorisent l’environnement et la qualité de vie de leurs usagers.
Un groupe de chercheurs, Olivier Guillitte, Eric Graitson, Eric Melin, Hugues Delvaux et Jean-Marc Couvreur, démontre ensuite la grande utilité des voies ferroviaires désaffectées qui constituent des corridors écologiques naturels, contribuant à maintenir un équilibre de la flore et de la faune et une grande biodiversité. Un autre aspect de la sauvegarde du patrimoine ferroviaire est mis en exergue par Gilbert Perrin et Jacques Botte qui détaillent le plan RAVeL, un programme de la région wallonne permettant la création de voies vertes en maintenant et en restaurant les traces des activités économiques qui marquent le parcours. Les mêmes auteurs présentent ensuite un exemple concret de la mise en pratique de RAVeL dans le Borinage. Liliane Neveux a une approche poétique de la ligne 451, décrivant ses impressions lors d’une promenade.
Suivent quelques autres contributions sur la mise en valeur du patrimoine ferroviaire souvent lié au tourisme industriel et à l’aménagement du territoire. Celles-ci sont accompagnées d’un préambule historique qui aide à saisir les particularités de chaque objet d’étude et le contexte de son apparition : « La ligne des Fagnes dite “Vennbahn” » par Gerti Betsch et Marina Schaus, « Le chemin de fer à vapeur des trois Vallées et son musée du chemin de fer (Mariembourg-Treignes) » par Didier Mosseray et « Chemin de fer de la Molignée » par Alonso de Villegas.
Gislaine Devillers aborde la question de la relation entre le patrimoine ferroviaire et sa sauvegarde à travers le classement par les services du patrimoine belges.
L’évocation de quelques lieux liés à la vie du rail en découle naturellement : le musée du rail de Saint-Ghislain et les témoins du passé ferroviaire en Wallonie. Heike Fock et Hélène Remy décrivent ensuite les découvertes archéologiques faites au cours de la construction du TGV en Belgique.

La 3e partie de la revue, dédiée aux gares, consacre un très long article à leur architecture. Dominique Verhaegen, après un classement typologique, analyse les destinations des bâtiments et achève son étude par l’histoire du "bâtiment voyageurs". Hélène Ancion fait la liaison entre une gare existante et sa transformation due à l’architecte Santiago Callatrava Valls, dans « Liège-Guillemins, les quatre gares-et-demie », alors que Marc Thonnard évoque la réaffectation des gares rurales et semi-rurales. Bernard Wodon ravive ensuite le souvenir du tramway vicinal de Burdinne, tandis que Bruno Merckx étudie la gare-frontière de Quiévrain, lieu de passage franco-belge.
Après un court arrêt sur la fresque peinte du hall d’entrée de la gare de Mons, nous voici arrivés au patrimoine ferroviaire en miniature. La passion du rail est évoquée par Patrick Hoffsummer, puis par Gaëtane Warzée qui rappelle la fascination exercée par le chemin de fer sur Paul Delvaux.
L’approche interdisciplinaire présentée dans ce numéro des Cahiers de l’urbanisme permet de saisir la grande diversité des problématiques liées au patrimoine ferroviaire.

Intérêt pour l’historien du chemin de fer : Les analyses et les études menées au travers des exemples belges ouvrent des voies à la recherche sur le patrimoine des autres pays d’Europe.

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