Rails et Histoire

Le Monde cheminot à Périgueux. Une communauté perdue - Jean-Serge Eloi

Périgueux, Fanlac, 2005, 127 p., 11 €.

Compte rendu par Joanne Vajda, décembre 2005

Ce livre, issu d’une recherche menée par son auteur dans le cadre d’une thèse de doctorat en sociologie, montre comment s’est constitué le monde cheminot à Périgueux à partir du Second Empire, sous l’impulsion de la politique économique de Napoléon III et de l’action d’un homme politique local, Pierre Magne, ministre de l’Empereur. S’appuyant sur des documents d’archives, des sources privées et des entretiens réalisés avec une centaine de cheminots, Jean-Serge Eloi analyse le profil de cette communauté qui naît de la construction de réseau ferré et de l’implantation des ateliers de réparation et qui évolue au gré des mutations du travail et de la transformation des modes de vie. Il souligne le rôle du travail en équipe, qui apparaît comme un élément fédérateur de la solidarité communautaire, montre comment la proximité résidentielle renforce les relations sociales mais surtout les liens entre cheminots, en même temps que le territoire urbain que ceux-ci occupent conserve la trace de l’activité ferroviaire dans la toponymie du quartier du Toulon.
L’auteur relève l’importance des lieux de sociabilité ouvrière, ainsi que l’existence d’un réseau d’associations et d’un mode de consommation spécifique. Jean-Serge Eloi note l’intérêt des patrons du rail pour le développement des loisirs ouvriers et notamment du sport. Il s’intéresse à l’organisation syndicale et à quelques figures du syndicalisme local. Sans se laisser tromper par les apparences, l’auteur remarque les stratifications que génèrent à l’intérieur de cette communauté les clivages du travail. Le mode de vie communautaire commence à se défaire dans les années 1960, à la suite de la diversification de l’habitat et du déclin des pratiques sociales de cette communauté, mais aussi à cause de l’apparition de nouvelles formes d’organisation du travail. Par le biais du cas des cheminots, l’auteur étudie le rapport entre identité et communauté, en concluant que la disparition d’une communauté conduit aussi à la perte d’identité d’une figure de la société industrielle.
Intérêt pour l’historien des chemins de fer  : Les interrogations du sociologue, en se concentrant autour de la question de la communauté, permettent de rétablir les relations qui lient l’histoire du chemin de fer, l’histoire sociale et l’histoire urbaine. Cet ouvrage doit par ailleurs être rapproché des autres monographies d’ateliers et des ouvrages de plus en lus nombreux à s’intéresser aux métiers et aux pratiques professionnelles des cheminots.

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