Rails et Histoire

La saga du RER et le maillon manquant - Christian Gerondeau

Paris, Presses de l’ENPC, 2003, 200 p.,

Compte rendu par Joanne Vajda, septembre 2003

Pierre Giraudet retrace à la fin de l’ouvrage le parcours de Christian Gerondeau, ingénieur des Ponts et Chaussées, soulignant son rôle dans le développement des transports routiers en France et des transports publics de la région parisienne.
Le 1er chapitre est l’occasion d’évoquer les deux conceptions différentes, celle du Tube londonien et celle du Métro parisien.
Le second chapitre rappelle les projets successifs visant à améliorer les relations entre Paris et la périphérie jusqu’en 1960, année qui marque le début officiel de la construction du RER, confiée à la RATP. Il critique au passage la conception des premières stations du RER, Auber, Etoile et Nation, « chefs-d’œuvre inutiles » d’un coût excessif, ainsi que la durée des travaux. Il compare la réalisation de la liaison est-ouest avec la ligne nord-sud, la Victoria Line construite à Londres, en un temps beaucoup plus court et d’un moindre coût.
Dans le chapitre suivant il évoque son rôle durant la période 1969-1972 dans le secteur des transports. Fervent défenseur du transport routier, il lutte d’abord en faveur de la construction des infrastructures autoroutières urbaines, avant de chercher les solutions économiques idéales pour le développement du transport en commun. C’est encore la comparaison avec Londres qui lui permit de remettre en cause le schéma en H initialement prévu pour le RER et de proposer un schéma en croix qui mettrait en commun les réseaux de banlieue de la SNCF et le RER de la RATP. Ce chapitre est aussi l’occasion de rappeler le rôle joué par certains acteurs, dont Louis Sato, polytechnicien franco-japonais ayant soutenu l’idée de l’interconnexion entre ces deux réseaux, déjà mise en place à Tokyo. De 1972, année d’adoption officielle de l’ensemble des projets, à 2000, les choses semblent aller rapidement. Les stations, les lignes mises en service ou prolongées, les tunnels de liaison sont inaugurés les uns après les autres aboutissant à « une infrastructure d’exception ».
Christian Gerondeau évoque ensuite la création par la SNCF de la nouvelle ligne E de RER, EOLE et la mise en service par la RATP de la ligne 14, METEOR. Il critique la conception des stations du RER E, notamment le coût et les parcours de la station Magenta et de la station Haussmann Saint-Lazare, les rapprochant des stations cathédrales construites dans les années 1960. Il propose l’achèvement de la ligne E par un prolongement jusqu’à la gare Montparnasse, éloignée du quartier des affaires, qui se trouverait ainsi raccordée au réseau RER.
L’auteur aborde ensuite la question de la desserte des aéroports parisiens et rappelle la difficulté qu’ont les transports en commun à assurer la liaison entre la capitale française et ses aérogares. Il rend compte des deux solutions envisagées, dont l’une (qu’il soutient) consiste à créer un tunnel routier entre le boulevard Malesherbes et l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle et qui a reçu l’appui de la RATP et la seconde, préconisée par la SNCF qui réside dans la création d’une liaison ferrée depuis la gare de l’Est. Il accuse la municipalité de Paris d’empêcher par sa nouvelle politique de déplacements les deux projets et profite pour en proposer un troisième qui utiliserait la ligne E du RER prolongée jusqu’à la gare Montparnasse, une nouvelle station (Champs Elysées-Clémenceau) et les deux stations critiquées précédemment. Se défendant d’être un inconditionnel de l’automobile, c’est pourtant sur l’autoroute souterraine qui bouclera la rocade A 86 au niveau de Versailles que Gerondeau achève son ouvrage, estimant son concept révolutionnaire. Ce système préfigure pour lui les réseaux qui « quadrilleront demain le sous-sol des villes ».
Intérêt pour l’historien des chemins de fer  : L’histoire du RER et de la relation entre la RATP et la SNCF reste à faire dans une perspective plus large qui engloberait les témoignages de divers autres acteurs, ce qui permettrait de compléter ce point de vue.

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