Rails et Histoire

La France industrielle. Gens des ateliers et des usines. 1890-1950 - Denis Woronoff

Paris, Ed. du Chêne, coll. "Gens de France", 2003, 296 p., 45,50 €.

Compte rendu par Joanne Vajda, novembre 2003

Connaissant l’engagement de l’auteur dans la défense du patrimoine industriel français, ce livre n’est certes pas une surprise, mais sa réussite est un plaisir.
Denis Woronoff nous offre ici un bel exemple de la manière dont devrait se faire aujourd’hui l’écriture de l’histoire. Pour une fois, les témoignages visuels (450 photographies) ne servent pas seulement à illustrer un propos, mais complètent les informations obtenues à travers les sources écrites. L’auteur y puise un grand nombre d’informations, profitant d’une période propice où industrialisation et photographie se croisent.
Le regard objectif de Denis Woronoff lui permet de souligner les lacunes des sources iconographiques : la faible évocation de certains secteurs, comme l’industrie du bâtiment et des travaux publics, l’absence des travailleurs étrangers, mais aussi des ingénieurs et des patrons et, du point de vue géographique, la sur-représentation de la région parisienne, au détriment du reste du pays.
Loin d’être dupe de ces biais, l’auteur relève les difficultés concernant l’interprétation des photographies, pour la plupart œuvres de professionnels et qui ne sont des instantanés qu’à partir des années 1940. La photographie d’industrie se donne à voir souvent à travers des images figées, où les êtres humains sont immobiles, quand ils n’en sont pas absents. Le manque d’informations sur la commande de ce type de photographie le rend prudent quant à la reconstitution du contexte de la prise de vue, ce qui lui évite une interprétation abusive. Cependant la photographie offre des renseignements qu’une source écrite aurait du mal à livrer, sur l’environnement de l’ouvrier, sur sa vie quotidienne, sur l’espace et sur les conditions de travail.
L’ouvrage est divisé en cinq parties, qui traitent du monde de l’industrie (patrons, ouvriers, petite main-d’œuvre et emplois tertiaires), des lieux de travail (sites, installations et architectures, espaces de production), des machines et de leur utilisations (énergies, outillage, matériaux et industries pilotes), des conflits (mouvements ouvriers) et des manières de vivre (habitat, urbanisme, vie domestique et loisirs). Le plan, très simple, mais qui exprime ainsi la perfection de la synthèse réalisée, couvre l’ensemble des thèmes qu’un tel sujet peut aborder.
Intérêt pour l’historien des chemins de fer  : Un tel travail mérite d’être approfondi et traité par branches économiques. Le patrimoine ferroviaire et le monde cheminot ont certainement encore des secrets à dévoiler grâce à l’exploitation des sources iconographiques.

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