Rails et Histoire

"L’Europe en grève. Temps, espaces, règles et représentations d’une action ouvrière"

Article tiré de la revue Histoire et sociétés, revue européenne d’histoire sociale, n°10, avril 2004, 144 p., 10 euros.

Compte rendu par Joanne Vajda, juillet 2004

Un précédent numéro de la revue (n° 5, 1er trimestre 2003, portant sur l’histoire du syndicalisme et les revendications des électriciens en France au XXe siècle) ayant déjà fait l’objet d’un compte rendu publié sur le site internet de l’AHICF, nous n’insisterons plus sur les qualités du titre. Ce 10e numéro offre une vision de la construction de l’espace européen à travers les transformations sociales qui ont lieu depuis la première révolution industrielle sous l’impulsion d’un processus déclenché par l’action ouvrière. Stéphane Sirot, auteur de La Grève en France. Une histoire sociale (XIXe-XXe siècle), Paris, O. Jacob, 2002, retrace les grandes étapes de la régulation de la grève ouvrière et synthétise la façon dont celle-ci institutionnalise socialement le conflit industriel en même temps qu’elle participe à la construction démocratique des systèmes politiques en Europe occidentale. Friedhelm Boll aborde l’histoire des organisations et l’histoire des mentalités en relation avec la grève et le discours syndical, à travers l’analyse de la carte postale française et allemande au début du XXe siècle. Piero di Girolamo montre, également dans une perspective comparatiste, le rôle de l’Etat dans la gestion des conflits de travail durant la Grande Guerre. Malgré les conditions particulières dans lesquelles se développe la lutte de classes dans les pays belligérants, l’auteur met en évidence à partir des exemples italien, français et britannique, les points communs et les moyens différents employés par chaque pays pour contenir la conflictualité ouvrière en vue d’assurer l’approvisionnement des armées. Xavier Vigna offre une réinterprétation de la comparaison des mouvements de grèves des années 1968 en Italie et en France.
La revue poursuit la présentation des affiches de l’Association interprofessionnelle de France liées la prévention des risques au travail (voir Histoire et Sociétés n° 6) et l’article de Christian Hottin souligne l’intérêt que présentent ces documents graphiques, récemment entrés au Centre des Archives du Monde du Travail de Roubaix, en même temps qu’il propose de nouvelles façons de les analyser.
Alain Mélo parle du mouvement coopératif français à travers l’exemple de l’Ecole de Saint-Claude (Jura) et rappelle l’existence d’archives produites par ce mouvement, aujourd’hui conservées par la Maison du Peuple. Jacques Rodriguez se penche sur les fonctions sociales et idéologiques de la workhouse, modèle anglais qui évoque les institutions de répression de la misère.
Jacques Cantier retrace la trajectoire atypique de l’écrivain Jules Roy, connu à la fois comme partisan du maréchal Pétain et de l’indépendance de l’Algérie, montrant le rôle joué par les contextes historique, politique et social dans les choix qui déterminent un parcours individuel.
L’article d’Audrey Mariette est consacré à la réception sociale du téléfilm, devenu long métrage, de Laurent Cantet, Ressources humaines (2000). C’est une occasion pour l’auteur de l’article de s’interroger sur les rapports entre la télévision et le cinéma. Dans le même numéro de la revue un parallèle est établi entre la réception du film de Cantet et celui de Jean-Marc Moutout, Violence des échanges en milieu tempéré (2004).
La revue consacre aussi une double page à la présentation de la nouvelle revue italienne Zapruder qui s’intéresse à l’histoire de conflits sociaux publiée par l’association Storie in movimento (Histoires en mouvement), dont le 3e numéro est sorti en janvier 2004.
Intérêt pour l’historien des chemins de fer : L’approche comparative et les nouvelles perspectives d’analyse proposées par la revue pourraient inciter l’historien des chemins de fer à se rapprocher davantage de cette façon d’écrire l’histoire européenne.

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