Rails et Histoire

L’Entreprise publique en France et en Espagne. 18e–20e siècles - Christophe Bouneau, Alexandre Fernandez (dir.)

Pessac, MSHA, 2004, 326 p., 26 €.

Compte rendu par Joanne Vajda, juillet 2005

Cette publication est issue d’un colloque organisé à Bordeaux les 5 et 6 octobre 2001 par le Centre aquitain d’histoire moderne et contemporaine (CAHMC) de l’université Michel-de-Montaigne - Bordeaux 3 et TEMIBER (Maison des pays ibériques) avec le soutien de la Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine. Elle s’inscrit dans le programme Innovation technologique et stratégies des entreprises privées et publiques dirigé par Christophe Bouneau et fait suite à une étude sur Les résistances à l’innovation économique dans le Sud-Ouest du XVIIe au XXe siècles. L’ouvrage constitue l’aboutissement d’un axe de recherche consacré aux rapports entre gestion publique et réseaux de pouvoir et représente une contribution à l’histoire comparée de deux pays marqués par des contextes socio-économiques et politiques différents. C’est aussi l’occasion de confronter les méthodes de travail de la France et de l’Espagne dans le domaine de l’histoire économique. Du point de vue chronologique, les diverses contributions se sont surtout intéressées à la période antérieure à la seconde guerre mondiale, dans le but de montrer les logiques qui ont mené à la création ou à l’échec de certaines entreprises publiques.
La première partie, qui se concentre sur l’histoire des débats et des discours, débute avec une contribution de Georges Ribeill sur les « Entreprises et services publics à la « française » : permanences et ambiguïtés d’un modèle hybride à l’épreuve de la longue durée », qui décrit les divers modèles dominants qui se sont succédé, expliquant leurs avantages et leurs défauts, ainsi que les adaptations que ces entreprises et services doivent subir, suite à la modification du profil du client et à l’apparition du nouveau contexte de la Communauté européenne.
Parmi les contributions qui intéressent directement les historiens des chemins de fer figurent celle de Pedro Pablo Ortúñez Goicolea et de Javier Vidal Olivares, « Régulation et intervention de l’Etat dans les sociétés ferroviaires en Espagne (1830-1936) » et celle de François Caron, « Aux origines de la SNCF », qui analysent les relations entre les exploitants et les pouvoirs publics dans le secteur ferroviaire. Les similitudes entre les deux cas, espagnol et français, en partie dues à l’intervention des grandes banques françaises, permettent de mettre en évidence l’existence d’un modèle européen. On note toutefois qu’en Espagne l’État a parfois disposé d’une autonomie plus réduite qu’en France, ce qui s’explique par un développement plus lent des mécanismes démocratiques et de l’économie du pays. François Caron raconte la reprise des réseaux français par l’État, retraçant le scénario qui, de 1914 à 1937, a abouti à la création de la SNCF, avant de rappeler les principaux aspects du régime des grandes compagnies françaises.
Intérêt pour l’historien des chemins de fer  : C’est un vaste champ de l’histoire économique européenne qui s’ouvre à la lumière de l’histoire comparée. Les travaux existants dans l’historiographie de chaque pays devraient désormais permettre des comparaisons plus aisées, en vue de l’écriture d’une histoire de l’entreprise publique en Europe.

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