Rails et Histoire

L’architecture des bâtiments voyageurs en France des origines à la Seconde Guerre mondiale : étude des programmes et des types - François Poupardin

Thèse en Histoire de l'art (architecture moderne et contemporaine), Université de Paris 1- Panthéon-Sorbonne, soutenue le 28 septembre 2005 à l'Institut National d'Histoire de l'Art - Membres du jury : Gérard Monnier, directeur.

Résumé par François Poupardin, mars 2006

Quelles sont les raisons qui incitent un architecte cheminot, parvenu à l’âge de la retraite, à préparer une thèse de doctorat ?
Avant tout j’ai désiré poursuivre un travail entrepris à la SNCF, autour de l’histoire passionnante de l’architecture ferroviaire, en particulier de celle des gares et plus précisément des bâtiments destinés aux voyageurs. Le cadre universitaire me semblait favorable à la poursuite d’une recherche nécessairement longue, qui ne pouvait qu’être enrichie par la rencontre d’enseignants, de chercheurs et d’étudiants en histoire de l’architecture moderne et contemporaine.
La problématique de cette recherche a consisté a définir les types d’architecture retenus pour ce programme nouveau "le bâtiment des voyageurs des compagnies de chemin de fer".
La période retenue pour l’étude va des origines du transport commercial de voyageurs en France en 1837 avec la ligne de Paris au Pecq, jusqu’au début de la seconde guerre mondiale, peu de temps après la création de la SNCF, le premier janvier 1938. J’ai distingué trois grandes périodes, qui prennent en compte à la fois, la succession des régimes politiques et les changements relatifs au développement propre du chemin de fer. De la Monarchie de Juillet à la fin du Second Empire on assiste aux premiers essais et à la mise en place du réseau principal. Puis le réseau secondaire se développe, sous l’influence du plan Freycinet durant une longue période qui s’étend de la Troisième République jusqu’à la première Guerre Mondiale. Enfin dans l’entre deux guerres le rythme des constructions des lignes se ralentit, tandis que Raoul Dautry donne une nouvelle impulsion à l’aménagement des gares. La période étudiée est d’ailleurs reconnue comme particulièrement riche dans les nouvelles découvertes qui touchent tous les domaines. L’architecture des gares ne saurait être imperméable aux courants scientifiques, philosophiques, littéraires et artistiques qui constituent un panorama illustrant cette période.
Les interrogations qui ont guidé la recherche sont au fond doubles ; Quelles ont été les constantes ou au contraire les particularités de l’architecture des gares construites par les différentes compagnies en France, ceci durant un siècle. En second lieu, comment a évolué l’image de la gare et l’expression architecturale de sa fonction qui est de recevoir les voyageurs et les trains ?
La répondre à ces interrogations supposait de présenter par l’établissement d’un corpus, des spécimens représentatifs de cette famille d’édifices et d’en dégager les caractéristiques les plus significatives. Ce qui apparaît au terme de cette étude, c’est que chaque évolution dans le temps est une réponse adaptée des maîtres d’œuvres des compagnies, aux nouvelles contraintes, aux nouvelles possibilités et aux nouvelles sensibilités esthétiques des époques successives.
Cette étude typologique va s’appuyer sur une démarche orientée vers l’étude des formes architecturales et contribue en fait à une approche scientifique de l’architecture des gares. La typologie cherche ici à identifier et définir les caractères de l’architecture de bâtiments ferroviaires, qui accusent des particularités dues aux activités très spécifiques qu’ils abritent. Il faut trouver l’origine de leur morphologie liée à l’usage du bâtiment, l’intérêt de sa représentation, ainsi que sa signification sociale et culturelle.
Les sources proviennent des contacts avec les Directions régionales de la SNCF, du Centre de Documentation SNCF de la rue de Londres et des archives du Mans. Les photographies et cartes postales, les nombreux articles du journal "La Vie du Rail" sont également des sources très riches. Enfin des bibliothèques, comme celles d’Art et Archéologie, (et autrefois de celle de l’Institut Français d’Architecture) celle du Musée d’Orsay et son centre de documentation, ainsi que la bibliothèque Forney, permettent de consulter des ouvrages très précieux.
En raisons de la richesse des sources, cette recherche s’est trouvée fortement orientée vers l’exploitation des illustrations très nombreuses que j’ai pu consulter et reproduire.
J’ai regroupé les principales rubriques retenues pour un classement typologique avec les études du fonctionnement de la gare, ainsi que les études de sa morphologie et de son mode de construction. Puis il m’a semblé pertinent de classer les bâtiments voyageurs par époques et par compagnies. Ceux réalisées par un même maître d’œuvre seront décrits généralement ensemble, ce qui m’a permis d’aborder à la fois, les époques de construction, l’aspect original qu’ont voulu retenir les compagnies et la connaissance des maîtres d’œuvre. Les illustrations rassemblent de très nombreuses planches qui regroupent un grand nombre de photographies et de dessins de gares. Elles représentent une partie essentielle de cette recherche, permettant les descriptions, les comparaisons et le classement. La difficulté principale est inhérente à l’établissement d’une typologie. Comment mesurer la pertinence des critères retenus ? L’existence des 6 grandes compagnies et de quelques-unes unes de moindre importance, m’a imposé déjà de créer plus de 20 rubriques, dont le croisement avec les autres critères s’est avérée problématique. Une autre contrainte tient à l’évolution constante du patrimoine des gares.
Ce classement typologique dessine un panorama général des gares, édifiées par les différentes compagnies et définit ainsi les partis architecturaux et les orientations choisies par les maîtres d’œuvre. J’ai tenté dans cette recherche de comprendre les rapports complexes entre les caractéristiques architecturales d’un édifice et son usage.
Mon Directeur de Thèse, Monsieur Gérard MONNIER, professeur des universités, fut l’auteur d’une thèse concernant en grande partie l’architecture ferroviaire dont le titre était : L’architecte Henri PACON (1882-1946), publication de l’Université de Provence en 1982. Le jury fut présidé par Antoine PICON, professeur des universités, professeur d’histoire de l’architecture et de technologie à l’Université de Harvard. Les rapporteurs étaient Marc SABOYA, maître de conférences, Université Michel de Montaigne-Bordeaux III, et Jean-Claude VIGATO, professeur des universités, Ecole d’architecture de Nancy. Karen BOWIE, maître assistant, auteur de la thèse "L’éclectisme pittoresque et l’architecture des gares parisiennes au 19ème siècle", Université de Paris 1, Dunod, Paris 1976 et parmi de nombreux articles sur les gares, a dirigé l’ouvrage "Les grandes gares parisiennes au 19ème siècle", Délégation artistique de la ville de Paris, 1990.

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