Rails et Histoire

Kreiz Breizh, Mémoire et actualité du Centre Ouest Bretagne

n°9, 1er trimestre 2004, 64 p., 7 euros

Compte rendu par Joanne Vajda, juillet 2004

Le dossier de la revue porte sur les voies de communication, comme enjeu du développement économique de la région.
Le premier article décrit le réseau des voies terrestres en Centre-Bretagne à l’époque romaine et esquisse le profil des utilisateurs. Le second évoque le canal de Nantes à Brest, dont le premier projet daterait de 1627, qui connaît sa période faste entre 1880 et 1914, avant d’être détrôné par l’arrivée du chemin de fer. Il fait aujourd’hui l’objet d’une tentative de rénovation, dans le but de développer le tourisme fluvial. Un autre article évoque une idée de Vauban : la construction d’un canal sur les contreforts des montagnes Noires, censé relier entre eux les grands ports militaires bretons, insistant sur le rôle des bagnards et leurs difficiles conditions de vie. Un article en breton (pour lequel nous avons dû nous contenter de la lecture du résumé en français) porte sur l’activité marinière en Basse-Bretagne.
Les trois articles suivants sont dédiés au rail. Le premier aborde la question du rôle du Réseau breton, réseau d’intérêt général à voie de 1 m couvrant 5 départements, construit par la Compagnie de l’Ouest et exploité par la Société générale des chemins de fer économiques, dans l’écriture d’une page d’histoire ouvrière en milieu rural. L’arrivée du chemin de fer entraîne d’importantes modifications sociales, économiques, urbaines et culturelles en Centre-Bretagne. D’un autre côté, la culture cheminote se trouve influencée par le recrutement d’un personnel local qui revendique une meilleure reconnaissance de son travail et permet le développement de la lutte syndicale. Le déclin du trafic par voie ferrée, dû à la concurrence routière et à la crise économique, entraîne la fermeture des lignes et la fin du Réseau breton. Cependant, la sauvegarde des archives du personnel de ce réseau, entreposées à Carhaix depuis le déménagement des archives de Morlaix, est aujourd’hui assurée et constitue un des plus riches fonds d’archives du personnel des réseaux secondaires français. C’est une partie du patrimoine industriel, économique et social du Centre-Bretagne qui se trouve ainsi conservée, grâce au travail d’Anne-Sophie Guillemot et Gwenaël Hunault, soutenus par la mairie de Carhaix, les Mémoires du Kreiz-Breizh et un comité scientifique dont fait aussi partie l’AHICF. La transformation des voies ferrées désaffectées en voies vertes pourrait constituer une solution pour la sauvegarde et la mise en valeur de ce patrimoine, surtout si la promenade s’accompagnait de la prise en compte du passé de ces lignes.
La question de la difficile transformation de l’actuelle RN164 en voie express, également abordée dans ce dossier, montre les espoirs et les craintes que suscitent les travaux entre Montauban et Châteaulin, qui devraient pourtant encourager le développement touristique de la région. L’évolution des flux routiers et de la relation entre zones urbaines et zones rurales risque de se trouver profondément modifiée dans les années à venir par les nouvelles technologies d’information et de communication. Dans ce contexte, Jean Ollivro, géographe, attire l’attention sur la nécessité de repenser la politique d’aménagement du territoire. Le dernier article de ce dossier pose précisément la question de l’accès des zones rurales à ces nouvelles technologies et aux nouveaux usages que celles-ci génèrent.

Intérêt pour l’historien des chemins de fer : Même si la consultation des dossiers comportant des données à caractère personnel est soumise à l’autorisation de l’administration, des pans entiers de l’histoire pourront être repensés et écrits à la lumière des archives du personnel du Réseau Breton : histoire sociale et locale, évidemment, mais aussi histoire politique, économique et histoire des techniques. Plusieurs pistes sont suggérées par l’article d’Anne-Sophie Guillemot.

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