Rails et Histoire

Film documentaire sur le parcours d’Alfred Bihan, cheminot mort en déportation

L'histoire d'un agent SNCF mort en déportation pour avoir refusé d’aller travailler en Allemagne et tenté de rejoindre l'Angleterre…

Film documentaire sur le parcours d'Alfred Bihan, cheminot mort en déportation

Un soir d’automne de 2003, Yves Quillévéré, de passage à la déchèterie centrale de Lannion, remarque une boîte à chaussures remplie de lettres et imprimés : les bribes de la vie d’un jeune homme, Alfred Bihan, mort en déportation en 1945 pour avoir refusé de travailler en Allemagne et avoir tenté de partir en Angleterre pour reprendre la lutte contre l’occupant. Quelques mois plus tard, il confie sa découverte à Alain Quillévéré, son cousin. Cet instituteur, passionné d’histoire, se plonge dans les documents et n’a de cesse dès lors de faire revivre la mémoire du jeune patriote lannionais dont il détient les clés. Une maîtrise soutenue en 2005 à l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne sous la direction de Denis Peschanski et un livre publié en 2008 (Mémoire retrouvée d’un jeune patriote, Landebaëron-Flossenbürg 1917-1945, Editions Skol Vreizh) témoignent de sa détermination. Aujourd’hui, il a franchi une nouvelle étape en consacrant à Alfred Bihan un film documentaire de 52 minutes réalisé par Dominique Philiponska – Itinéraire d’un jeune Breton mort en déportation . Présenté en avant-première le 23 août dernier aux habitants de Landebaëron, le village natal d’Alfred Bihan, il a emporté l’adhésion d’un public nombreux et attentif. Le film (complété de plusieurs entretiens avec des déportés ayant connu A. Bihan qui racontent leur propre parcours résistant et concentrationnaire en bonus) est disponible en DVD auprès de Dominique Philiponska au prix de 15 euros.

Né en 1917 à Landebaëron, dans les Côtes-du-Nord, benjamin d’une famille de huit enfants qui peine à sortir de la misère, Alfred Bihan, dont l’enfance a baigné dans un climat de piété exacerbée entretenu par sa mère, entre en 1935 au grand séminaire de Saint-Brieuc. Sa vocation n’étant pas suffisamment affirmée, il quitte le séminaire deux ans plus tard pour le 8e Régiment du Génie de Versailles où il effectue son service militaire. Mobilisé à la déclaration de guerre, il combat sur les fronts de l’Aisne, de la Somme et de l’Oise où il obtient la croix de guerre. Démobilisé, il séjourne en Bretagne puis rejoint la région parisienne où il occupe fin 1941 les fonctions de manutentionnaire en gare de Bois-Colombes (son nom figure sur la plaque commémorative « A la mémoire des agents de la SNCF tués par faits de guerre » apposée en gare). Requis en décembre 1942 pour rejoindre la Reichsbahn, il refuse et retourne près des siens. Caché dans une ferme amie, il est arrêté le 8 mars 1943 sur dénonciation en compagnie de cinq autres jeunes Trégorois alors qu’ils tentaient de partir par mer pour l’Angleterre afin de rejoindre les Forces françaises libres. Emprisonné à Saint-Brieuc puis Compiègne, il est déporté avec ses camarades à Sachsenhausen avant d’être transféré au camp de Flossenbürg où il meurt le 19 février 1945, miné par la dysenterie et les mauvais traitements.

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