Rails et Histoire

Domaine : les cheminots dans la société française, du milieu du XIXe à nos jours : dynamisme professionnel et mutations sociales

Les travaux de la commission d’histoire sociale des transports par fer de l’AHICF, depuis sa création en 1995, ont été particulièrement fructueux et ont permis de renouveler grandement les savoirs à propos du groupe social des travailleurs des chemins de fer. Ils ont notamment, mais pas exclusivement, porté sur les conflits sociaux et le syndicalisme dans les chemins de fer, les origines sociales et géographiques des cheminots français ainsi que les images et représentations des cheminots. Le fonctionnement de la commission, notamment son ouverture, a favorisé, voire inspiré d’autres travaux. Les recherches à venir se situeraient dans la continuité de ce qui a déjà été fait, tant pour le fonctionnement qu’en termes problématiques ou méthodologiques. Comme cela fut le cas, les praticiens d’autres sciences sociales ou humaines seront largement sollicités. Le travail en commun, qui associe des chercheurs confirmés, des étudiants et des femmes et des hommes de terrain, prendra en compte les aspects méthodologiques sans refuser une réflexion à ce propos. Nous privilégierons, tant la tentation est grande en de telles structures de croire identifier des spécificités qui n’existent pas, la dimension comparative, diachronique et synchronique, avec d’autres groupes professionnels mais également au sein du personnel des institutions ferroviaires, entre pays mais aussi entre réseaux. Les quatre thèmes proposés sont à appréhender de manière dynamique en fonction des travaux déjà réalisés ; par leurs champs, leurs sources, certaines de leurs problématiques, ils se recoupent.

Thème : métiers, professions, pratiques professionnelles : entre techniques et trajectoires individuelles et collectives

1 - Femmes et chemins de fer

Depuis une dizaine d’années l’accélération inédite du recrutement des femmes à la SNCF participe de la volonté de la direction de transformer la culture cheminote traditionnelle. Les restrictions à l’emploi des femmes dans les chemins de fer se référaient à des arguments diversement mobilisés selon les emplois occupés (force physique requise, travail de nuit, posté et/ou en roulement, trop « douce » image symboliquement attachée au « sexe faible » dans un univers faisant appel au respect de l’autorité et de ses symboles, etc.). Hormis quelques emplois bien connus réservés ou attribués (de la garde-barrière à la receveuse en gare), hormis les conjonctures de guerre où les femmes apparaissent comme d’heureuses recrues venant boucher les trous laissés dans les cadres des effectifs par les hommes mobilisés, longtemps donc la place des femmes demeura limitée. La femme-épouse du cheminot figée dans le rôle de « ménagère au foyer » constitue leur place paradigmatique.

Il reste à préciser les tenants et aboutissants de cette lente conquête, accélérée depuis peu, amplifiée même dans le recrutement de l’encadrement ; à en mesurer, aussi, les effets sur l’intégration des agents/agentes à l’entreprise SNCF, sur leur adhésion notamment aux traditionnelles valeurs « cheminotes ».

Des sources nombreuses et variées (démographiques, sociales, professionnelles, etc.), devraient permettre de traiter en profondeur un tel sujet, dans une perspective autant historique que sociologique.

2 - L’univers des cheminots retraités : du relais corporatif au rejet social

Pour diverses raisons (âge précoce de retraite, espérance de vie allongée), la population des cheminots retraités constitue un univers en relative expansion. Longtemps, par la culture corporative véhiculée au sein d’une population où pèse fortement l’hérédité professionnelle, par ses régimes de protection sociale maladie et vieillesse partagés avec les actifs, par le relais des associations cheminotes et des unions de retraités des syndicats, la reproduction sociale et corporative de la « société cheminote » s’appuyait sur cet héritage inter-générationnel. Depuis les années 1970, une césure croissante et à présent accélérée, de nature culturelle, est apparue entre actifs et retraités, ceux-ci ne reconnaissant plus dans la maison-mère les repères qui avaient forgé leurs valeurs professionnelles. Peut-on lire dans cette césure la fin inéluctable de la « société cheminote » ? Plus largement, assiste-t-on à la disparition des « cheminots » tels qu’ils ont été « formatés » pour les besoins d’une entreprise de service public ?

3 - Mobilités

La carrière d’un travailleur est souvent difficile à percevoir à travers des sources qui, par leur élaboration ou du fait de leur fonction, ont tendance à agréger et donc à atténuer les différences. Alors que nous connaissons bien les mobilités géographiques et sociales intergénérationnelles, il conviendrait, en partant des trajectoires individuelles, de s’attarder sur les mobilités professionnelles intragénérationnelles, y compris au sein d’une entreprise ferroviaire (mobilités de site, de service, de réseau) sans négliger le parcours antérieur ni, éventuellement, des activités exercées ensuite. Il s’agirait d’évaluer les rythmes et les accents de la vie professionnelle et de les comprendre en prenant en compte de nombreux éléments, individuels mais également technologiques ou politiques.

De telles recherches, sans négliger bien sûr le corpus de sources orales, devraient permettre d’utiliser les fonds d’archives du personnel des anciennes compagnies et de la SNCF (Centre des archives de la SNCF à Béziers), d’insister sur leurs qualités et leurs potentialités et d’impulser d’autres études à partir de ces fonds.

4 - Récits de vie(s)

Le récit d’une vie est également un récit sur la vie. Situé dans un contexte professionnel, ce discours révèle le rapport du travailleur à une institution, à une technique ou à une technologie, à une mission. Tous ces éléments semblent particulièrement exacerbés dans le cas des travailleurs du chemin de fer, quelles que soient leurs positions dans la compagnie, la société nationale ou l’entreprise.

Le programme en cours de recueil de sources orales mené par l’AHICF peut être enrichi, de manières complémentaire et supplémentaire, par une recension, une réflexion, une étude des écrits de cheminots, journaux intimes, autobiographies, textes militants, textes de fiction. La part d’une identité ferroviaire dans ces écrits serait bien sûr, dans ce cadre, particulièrement appréciée.

Christian Chevandier, historien, maître de conférences à l’université de Paris I – Panthéon- Sorbonne
Georges Ribeill, sociologue et historien, directeur de recherche à l’École nationale des Ponts et Chaussées
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