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Olivier Klein,
Les horizons de la grande vitesse. Le TGV, une innovation lue à
travers les mutations de son époque
Thèse de Sciences
économiques (économie des transports), Université Lumière- Lyon II
Thèse
présentée et soutenue publiquement par Olivier Klein le 9 novembre 2001 à l'Université
Lumière-Lyon II devant un jury composé de :
. Michel Bassand, Professeur - Ecole Fédérale Polytechnique de
Lausanne
. Yves Crozet, Professeur - Université Lumière-Lyon II
. Patrice Flichy, Professeur - Université de Marne-la-Vallée
(Rapporteur)
. Guy Joignaux, Directeur de Recherche - INRETS (Rapporteur)
. François Plassard, Directeur de Recherche - CNRS (Directeur de
thèse)
Thèse
déposée et consultable à l'AHICF
Résumé par Olivier Klein, juillet
2002
On peut distinguer trois grandes représentations de la place de l'offre
de transport dans l'économie et la société : partant d'une vision
parfaitement déterministe - l'offre de transport dispensatrice de
richesse, on observe ensuite une première tentative pour se libérer de
ce mécanicisme trop pesant - l'offre de transport à valoriser par les
acteurs. C'est en essayant de tirer parti des lacunes de ces démarches
que l'on propose de plus en plus fréquemment d'adopter un cadre
conceptuel plus contemporain selon lequel l'offre de transport est en
premier lieu le produit d'une société et d'un système technique
qu'elle participe ensuite, à travers ses usages, à faire fonctionner,
et donc à faire évoluer.
Cette dernière représentation des relations entre offre de transport et société donne lieu à de nombreuses recherches centrées sur les
résultats d'une discipline scientifique particulière - l'économie, la
sociologie de l'innovation ou les sciences politiques par exemple - mais
aussi à des applications plus transversales. A partir de la sociologie
interactionniste, Patrice Flichy (1995) propose ainsi une construction
de l'innovation technique qui appelle la prise en considération sans
exclusive de champs d'analyse, d'échelles temporelles ou spatiales
variées.
C'est cette grille de lecture que cette thèse tente d'adapter au TGV,
pris comme moyen de déplacement de voyageurs à motif professionnel, en
s'appuyant sur trois caractéristiques essentielles de cet outil : le
caractère continu du processus d'innovation qui mêne au TGV ; la
prédominance du service offert sur l'objet lui-même ; la banalité,
enfin, des performances permises par cette technique, que d'autres
moyens - l'avion ou la voiture selon les cas permettent aussi
d'envisager, voire de dépasser. Il s'agit donc de s'adapter au
caractère d'innovation mineure du TGV, de le tenir pour une "
technique en usage " (Edgerton, 1998) et de privilégier dans
l'analyse la compréhension de la manière dont la grande vitesse
ferroviaire s'insère dans des dynamiques sociales contemporaines qui
lui sont largement extérieures. C'est sur ce shéma qu'est construite
cette thèse.
Selon ce cadre général, la présentation est divisée en quatre
parties d'ampleur inégale qui abordent chacune un domaine ou une
échelle d'analyse. Dans chaque partie, des évolutions sociales de
large envergure sont dessinées et la grande vitesse y est replacée
soit en tant que production (le cadre fonctionnel relatif à l'offre
selon P. Flichy), soit, plus souvent, en tant que pratique (cadre
d'usage relatif à la demande).
La première partie aborde d'emblée les temps longs de l'accélération
des moyens d'échange dont les hommes disposent. Le premier chapitre
analyse ainsi l'accroissement des vitesses tandis que le second
s'intéresse au renouvellement, qui lui est lié, des hiérarchies
diverses qui organisent la société et son espace.
La seconde partie est celle de l'échelle macro-économique. Elle est
abordée à travers trois thèmes qui renvoient à chaque fois à une
dimension particulière du TGV en tant que système "
socio-technique " de déplacement : l'épuisement du fordisme et la
genèse du TGV alimentent le chapitre 3 ; la montée de l'information
abordée dans le chapitre 4 se traduit tant dans l'offre que dans la
demande de déplacements à grande vitesse ; enfin, la globalisation
dont traite le chapitre 5 actualise le renouvellement des hiérarchies
sociales auquel le TGV participe.
Ces deux premières parties sont, on le constate, délibérément
orientées vers des analyses très globales du contexte sociétal de la
grande vitesse ferroviaire. Le recours à l'histoire, tout d'abord,
apparaît comme le point de passage obligé d'une tentative visant à
élargir les perspectives mobilisées pour accroître l'intelligibilité
du TGV. La prise en compte de macro-tendances affectant les structures
économiques contemporaines répond à ce souci d'historicité. Même
s'il s'inscrit dans un mouvement séculaire d'accélération des
échanges, le TGV n'est pas un objet socio-technique intemporel. Il faut
l'immerger dans sa propre époque, et donc aussi dans les tendances
globales de son époque, pour mieux le comprendre.
Une fois posé ce cadre général, les deux parties suivantes traitent
de manière plus spécifique de l'organisation des structures
productives. Elles correspondent donc grossomodo à une focale
intermédiaire : une échelle "méso". Ce niveau de l'organisation est
alors investi selon deux dimensions : le temps et l'espace selon les
deux composantes fondamentales de la vitesse. On peut admettre, pour
l'instant sans discussion, que les organisations productives se
déploient dans l'espace. Le temps apparaît aussi de plus en plus
souvent comme un élément déterminant de ce point de vue, en aval
parce que l'organisation vise justement à encadrer l'usage du temps,
comme en amont puisque les variables temporelles déterminent aussi la
structure de l'organisation et son degré de complexité.
La troisième partie est donc celle du temps. Elle débute par
l'évocation des importantes mutations organisationnelles que connaît
le système productif. La structure duale de leurs principales tendances
est décrite au chapitre 6. C'est autour des évolutions contemporaines
du temps social que les comportements de déplacements à grande vitesse
sont articulés à ces mutations au chapitre 7. On voit comment
changement et continuité sont inexorablement mêlés dans l'usage de la
vitesse.
La quatrième partie aborde enfin la question de l'espace productif. Le
chapitre 8 décrit les dynamiques qui le travaillent et les analyses qui
permettent de les comprendre. Le neuvième et dernier chapitre est
construit autour de la notion de métropolisation. Il fait de nouveau
apparaître une structure spatiale duale. Il illustre enfin comment la
grande vitesse, à travers de multiples dimensions, s'inscrit totalement
dans cette nouvelle structuration.
La démarche suivie au sein de chaque chapitre est donc celle d'un
aller-retour entre une dimension particulière du contexte sociétal et
un ou plusieurs aspects de la grande vitesse que l'on tente ainsi
d'éclairer (seuls les deux premier chapitres, "historiques",
adoptent en conséquence une démarche plus linéaire). Cette démarche
impose donc de prendre soin d'expliciter à chaque fois l'analyse de
société que l'on convoque.
En regard, le traitement des différents aspects concernant la grande
vitesse doit être plus original. Il repose également en partie sur la
littérature existante, mais aussi sur le ré-examen de données
d'observation de la mobilité. L'objectif n'est pas tant de conforter la
lecture qui aura été choisie des " tendances lourdes " que
de mettre en évidence comment cette lecture permet de ré-interpréter
les analyses déjà produites à propos de la grande vitesse
ferroviaire. Cette ré-interprétation ne conduira parfois qu'à
confirmer des travaux plus anciens en soulignant comment ils repéraient
déjà des éléments que la lecture des " tendances lourdes "
a révélés comment étant centraux. Mais les résultats des analyses
sociétales permettent aussi de compléter d'autres travaux, notamment
ceux concernant le traitement des données d'observation de la
mobilité.
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