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Karen BOWIE, Simon TEXIER (sous la dir. de), assistés de Laetitia
BONNEFOY, Paris et ses chemins de fer, préface de Henri
Loyrette, Paris, Action artistique de la ville de Paris, 2003, 288 p., 40
euros
Compte
rendu par Joanne Vajda, juillet 2003
L’ouvrage, publié à l’occasion d’une exposition rassemblant des
documents originaux, pour certains inédits, organisée par l’Action
artistique de la Ville de Paris dans les mairies du 10e et 12e
arrondissements d'avril à juillet 2003, contient des contributions
précieuses à la compréhension du développement du réseau ferroviaire
parisien depuis ses débuts jusqu’à nos jours, ce qui n’est pas une
surprise pour ceux qui connaissent les différents auteurs, mais aussi la
collection « Paris et son patrimoine » dirigée par Béatrice de Andia.
Le livre est composé de quatre parties, dont les titres sont « Prémices
des réseaux », « L’essor du rail et du métropolitain », « Au temps
de la métropole » et « Enjeux contemporains ». Il évoque la relation
particulière qu’entretient la ville avec le chemin de fer, à la fois
liaison avec le monde, barrière entre les quartiers qui composent la
métropole, percée technologique audacieuse qui bouleverse les manières
de vivre. Les mots incontournables qui définissent les débuts de l’aventure
ferroviaire et urbaine, utopie, saint-simonisme et fouriérisme sont
évidemment souvent invoqués pour retracer cette histoire réciproque.
Dans les « Préludes », Marcel Roncayolo explique comment le croisement
de deux mythes – capitale et chemins de fer – définit le rôle et les
fonctions de chacun et comment ville et rail évoluent simultanément.
Karen Bowie s’attarde sur les débats qui ont lieu sous la monarchie de
Juillet menant à l’élaboration d’analyses, d’outils d’aménagement
et d'un cadre réglementaire qui permettront l’articulation du réseau
ferré avec la ville et l’essor des transformations et des
modernisations entreprises par la suite, notamment sous le Second Empire.
Elle souligne l’importance de la pensée de Perreymond au sujet de l’utilité
d’un programme de travaux qui améliore à la fois la circulation et la
salubrité dans la ville.
Jean-François Belhoste insiste sur le rôle de l’ingénieur dans la
création du paysage ferroviaire urbain et sur celui de Paris comme lieu
de rassemblement des administrations, des compagnies de chemin de fer, des
cabinets d’ingénieurs et des grandes entreprises de matériaux et d’équipement.
George Ribeill s’intéresse aux sièges des compagnies de chemins de
fer, dont l’empire immobilier est complètement méconnu. C’est dans
le quartier des affaires, dans le 9e arrondissement, que sont établies la
plupart des compagnies. Il analyse une à une les installations des
grandes compagnies et survole les évolutions ultérieures, jusqu’à l’installation
du siège de la SNCF rue du commandant Mouchotte, dans le 14e
arrondissement, en 1999.
La difficulté rencontrée dans l'obtention d'une continuité entre les
chemins de fer et les moyens de transport urbains, les critiques portant
sur la mauvaise implantation des gares et l’aménagement de leurs abords
font l’objet de la contribution de Michèle Lambert-Bresson.
Annie Térade rend compte des moments importants et des acteurs qui ont
participé à l’édification du quartier de l’Europe, des
confrontations entre les différents projets de chemins de fer et le plan
d’aménagement urbain, ainsi que des débats suscités par l’implantation
du premier embarcadère parisien.
L’histoire de la traversée du Paris-Versailles-Rive Gauche, racontée
par Catherine Bruant, révèle les conséquences de l’établissement de
cette ligne sur les faubourgs parisiens, les communes limitrophes qui
seront annexées et dévoile les polémiques que cette ligne a suscitées,
qui démontraient une absence de réflexion globale sur la ville comme un
manque de coordination des différents services chargés de l’aménagement
urbain et du réseau ferré.
Allan Mitchell a étudié les divers projets de gare centrale soumis à l’administration,
question qui met en exergue une des principales raisons de conflit entre l’Etat
et la Ville à cette époque. La ville s’oppose systématiquement à
toute traversée de Paris et à tout projet de gare centrale, sollicitant
plutôt la construction d’un métro. Le projet de gare centrale le plus
récent date de 1912, mais il restera sans suite à cause des
encombrements qu'un tel équipement aurait entraînés au cœur de la
ville (aujourd'hui, la gare du Châtelet est bien centrale, mais
souterraine et de portée régionale).
Quelle liaison y a-t-il entre le projet de Halles Centrales et celui du
cimetière de Méry-sur-Oise ? Le chemin de fer, évidemment, outre les
inquiétudes au sujet de l’encombrement, de la salubrité et de la
moralité que l’on perçoit à travers les rapports relatifs à la
création des deux projets, c’est ce que l’on apprend de la
contribution de Frédéric Bertrand avec laquelle débute la seconde
partie du livre.
Solenn Guével et Andrzey Michalski décrivent les tracés des divers
projets de voies de chemin de fer imaginés dans les années 1870,
raccordant le bassin de la Villette à différents réseaux ferrés en vue
de transformer La Villette en une importante gare ferroviaire destinée
aux marchandises. Ce nœud, qui n’a pas été réalisé pour des raisons
économiques et techniques, aurait dû assurer la relation des industries
avec le réseau régional et le canal de l’Ourcq.
Bruno Carrière retrace l’histoire de la création de la Petite Ceinture
puis, dans un second article, explique comment les Expositions
Universelles ont influencé le développement de la ligne de Ceinture.
Allan Mitchell évoque dans une seconde intervention la bataille
technologique menée pour la construction du métro, thème souvent
négligé par l’histoire de ce moyen de transport, tandis que Dominique
Larroque se charge de décrire la bataille politique engendrée par la
création du réseau urbain, dans un article basé sur l’ouvrage
récemment paru, D. Larroque, M. Margairaz, P. Zembri, Paris et ses
transports. XIXe-XXe siècles. Deux siècles de décisions pour la ville
et sa région, Paris, Recherches, 2002, 400 p. (voir son compte rendu sur
cette page).
Ann-Caroll Werquin annonce comme titre de son intervention « La gare des
Invalides », mais celle-ci lui semble tellement discrète qu’elle
préfère concentrer son attention sur le pont Alexandre III dont la
décoration éclipse celle de la gare.
Simon Texier aborde une question essentielle concernant la relation de la
ville et du chemin de fer, celle du développement territorial des
emprises ferroviaires qui font partie de la structure urbaine.
La troisième partie du livre commence avec la contribution de Jean Castex
au sujet de la superposition du chemin de fer et de la ville étudiée à
travers la gare d’Orsay qui servit de modèle à quelques gares
américaines construites au cœur de la ville, comme Pennsylvania Station,
le Grand Central de New York et l’Union Station de Chicago, que l’auteur
décrit.
Le développement de Paris et de sa région, le Grand Paris, engendre des
réflexions autour de l’essor d’un réseau régional, dont rend compte
Simon Texier. La difficulté du chemin de fer à trouver sa place dans la
métropole, l’idée de déplacement des terminus hors la ville et, en
même temps, la nécessité de créer des liaisons avec la périphérie
sont autant de questions abordées. Dans une intervention ultérieure il
aborde la question de la récupération des emprises ferroviaires pendant
les Trente Glorieuses pour la construction de logements en même temps qu’il
rend compte des projets visant la création d’infrastructures
autoroutières à l’intérieur de Paris, les urbanistes de l'époque
tendant à condamner et à oublier le train.
Jean-Emmanuel Terrier s'attache aux modifications entreprises à la gare
Montparnasse entre les deux guerres, rendues nécessaires par la
croissance du trafic.
Paul Landauer analyse deux ensembles de logements (5, rue de Gergovie et
123, rue Castagnary) construits à la fin des années 1950 dans le cadre
de l’opération Maine-Montparnasse et dont la conception architecturale
souligne la présence du chemin de fer, témoignant d’une nouvelle
manière de concevoir la ville.
Le regard de l’architecte sur le chemin de fer est prolongé par le
témoignage de Philippe Laurent, en charge de la maîtrise d’œuvre pour
l’aménagement du hall de la gare de banlieue à la gare d’Austerlitz.
Céline Barrère rappelle avec talent le regard des écrivains sur l’espace
du chemin de fer parisien.
La dernière partie de l’ouvrage, consacrée aux enjeux contemporains du
chemin de fer à Paris, débute avec la contribution de Pierre Zembri sur
la genèse du RER et son évolution jusqu’aux projets actuels.
Rémi Rouyer s’intéresse à la récente ouverture de la ligne Météor
et de celle du RER E, EOLE.
Il n’y a évidemment pas de meilleur exemple de la manière dont ville
et chemin de fer s'allient dans leur développement, que la ZAC Seine Rive
Gauche, où la SNCF a été associée à la valorisation des terrains sur
lesquels un nouveau quartier a vu le jour.
Etienne Tricaud décrit les travaux de rénovation de la gare du Nord et
de ses abords, dont les études ont démarré en 1988 et qui constitue en
réalité un grand projet urbain, englobant des aménagements et des
cheminements entre la gare du Nord et la gare de l’Est, dont nous parle
ensuite Déborah Cohen.
Laure Lalubie explique l’importance de la connaissance de l’histoire
et de l’évolution d’une gare en vue de la compréhension du bâti,
avant toute intervention architecturale et toute création nouvelle,
discours qui est loin d’être spécifique aux gares.
Paul-Louis Corteel, Jean-Michel Vincent et Xavier Moreau de Bellaing
dévoilent au lecteur les stratégies urbaines de la SNCF, qui s’inscrivent
dans ses missions de transporteurs, et rappellent les projets communs
entre la Ville et la SNCF, sur les sites des Batignolles, de Paris-Bercy
et sur les sites du nord et de l’est parisien.
C’est Simon Texier qui s’est chargé de la rédaction du dernier
chapitre consacré à la reconversion des emprises ferroviaires,
soulignant la difficulté de fabriquer des morceaux de ville. Il conclut
en se demandant si la reconquête du territoire du chemin de fer
nécessaire à l’extension de la ville sera un jour possible, malgré la
place qu’occupe le chemin de fer dans la culture et dans l’imaginaire
de chacun. Il semble impossible de ne pas évoquer l’importance des
emprises ferroviaires sur le territoire des communes limitrophes. Il
convient de tenir compte de cette « invasion » lors des réflexions sur
les aménagements parisiens.
Intérêt pour l’historien des chemins de fer : Les
contributions très diverses d’historiens, géographes, urbanistes,
architectes, chercheurs et intervenants directs offrent une perspective
complète de la relation « technique » du chemin de fer et de la ville.
Ce que l’on regrette un peu c’est l’absence de celui pour lequel
tout ce système est conçu, le citadin-voyageur.
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