Rails et Histoire

Conflictualité, conflits et tissu cheminot en Nord-Pas de Calais - Olivier Kourchid

Témoignages recueillis de 1999 à 2001 auprès d’agents de la Région SNCF de Lille (Nord-Pas de Calais), Lille, IFRESI, 2003, 127 p.

Compte rendu par Joanne Vajda, juin 2003

Suite au colloque sur la Mémoire Cheminote en Nord-Pas de Calais organisé par le Comité d’Établissement Régional SNCF Nord-Pas de Calais qui s’est tenu au Centre des Archives du Monde du Travail de Roubaix, les 17 et 18 novembre 1995, Olivier Kourchid a été chargé de recueillir des témoignages de cheminots, liés aux conflits et à la conflictualité contemporaine. Un contrat de recherche a réuni le CERSNCF Nord-Pas de Calais, le CNRS-IFRESI (Institut Fédératif de Recherche sur les Economies et les Sociétés Industrielles) et le CNRS – Centre d’Histoire Sociale du XXe siècle de l’Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne. L’ouvrage est une synthèse de cette recherche, en attendant d’autres publications. En termes de volume, elle représente le résultat de rencontres avec 47 cheminots, de 36 entretiens enregistrés entre 1999 et 2001, soit 55 cassettes de 90 minutes et d’environ 2 400 pages de transcriptions.
La mémoire collective de la conflictualité et des conflits, comme expression d’un groupe de cheminots à un moment donné, est rendue par 47 cheminots qui se répartissent de la façon suivante : 31 personnes font partie de l’exécution, 6 sont agents de maîtrise, 6 autres sont cadres et 4 appartiennent à la direction. Le programme prévoyait initialement des entretiens avec 62 personnes, parmi lesquelles quatre usagers. Il n’est pas évident, pour celui qui n’est pas un spécialiste de l’histoire orale, de comprendre la manière dont a été opérée la sélection des personnes interviewées, mais on retient que des recherches complémentaires seront menées, puisque les parcours personnels et la chronologie générale et régionale de la SNCF pour la période 1980-2002 n’ont pas été analysés ici. Les circonstances de la « commande » concernant cette recherche expliquent probablement ces choix.
L’objectif de départ consistait à rendre compte de la mémoire collective liée aux conflits de 1985-1987 et 1995, repères importants pour l’identité cheminote. La thématique a été élargie par la suite et l’auteur explique ceci par l’émergence, au cours des entretiens, de relations avec la politique industrielle de la SNCF et d’enjeux qui unissent les conditions de travail à la citoyenneté et à la façon d’administrer les transports.
Du discours individuel à l’expression collective d’une société industrielle, en utilisant la relation directe qui s’établit, à travers les entretiens oraux, entre information et interprétation, c’est ainsi que pourrait se résumer la démarche. Les nombreuses citations résultant des interviews visent à souligner cet aspect, laissant peu de place à l’interprétation de l’auteur, que l’on imaginerait plus dans le rôle d’un médecin traduisant une radiographie, que dans celui d’un simple greffier auquel le limite volontairement pour l’instant cette première restitution de l’enquête.
La notion de conflictualité, traitée dans la première partie, est ici utilisée comme traduction, dans les conditions de vie et de travail, des dysfonctions, des décalages, voire des oppositions entre la situation professionnelle et les contextes industriels.
La seconde partie évoque les conflits importants : 1986-1987, 1995 et 2001, tandis que le 3e chapitre prend en compte la situation particulière des cadres et des dirigeants.
On comprend la difficulté de l’auteur à conclure, étant donné qu’une grande partie du matériau rassemblé reste encore à étudier sous d’autres angles.
Intérêt pour l’historien des chemins de fer  : Les enquêtes publiées à partir d’entretiens avec les cheminots représentent un genre nouveau dans la recherche liée à l’histoire sociale des chemins de fer. Il faudra attendre la publication des recherches complémentaires annoncée par l’auteur pour se prononcer sur la pertinence de l’analyse, car nous n’avons ici qu’un résultat partiel. Une bibliographie thématique (les cheminots, les grèves et le syndicalisme) accompagne l’ouvrage.

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