Rails et Histoire

Cheminots et militants, un siècle de syndicalisme ferroviaire - Marie-Louise Goergen (dir.)

Coll. Jean Maitron. Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Paris, Les éditions de l’Atelier, 2003, 432 p., 37 €.

Compte rendu par Joanne Vajda, décembre 2003

Réalisé avec le concours du Comité central d’entreprise de la SNCF et en lien avec l’association Itinéraires et histoire ouvrière en Val-de-Marne (IHOVAM), ce dictionnaire est le fruit d’une collaboration étroite entre une équipe de syndicalistes et des chercheurs professionnels. Il couvre un siècle de syndicalisme cheminot, des origines à 1982, dépassant donc les limites chronologiques de l’œuvre monumentale dans laquelle il s’intègre, le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français (DBMOF-Le Maitron), dont la cinquième partie, en cours d’élaboration, porte sur la période 1940-1968. Outre des notices biographiques, le « Maitron-Cheminots » comporte une série de notices thématiques, des repères chronologiques et bibliographiques destinés à expliquer au lecteur le fonctionnement de l’entreprise et celui du syndicalisme cheminot.
Les ressources qu’il offre sont complétées par l’édition imprimée du DBMOF, par le CD-ROM qui en capitalise les informations, ainsi que par la suite annoncée au volume qui paraîtra également sous forme de CD-ROM et donnera un aperçu exhaustif du militantisme cheminot, car y figurera tout ce qui n’a pas trouvé sa place dans ce livre. L’introduction de Marie-Louise Goergen marque avec rigueur les limites et les lacunes de l’ouvrage, expliquant les choix des auteurs, mais aussi leur regret de ne pas pouvoir traiter uniformément, faute de sources, l’ensemble du territoire français. Elle déplore la quasi-absence des militants des anciennes colonies et rappelle le travail qui reste à effectuer par les historiens des chemins de fer en matière d’écriture de monographies des fédérations syndicales professionnelles.
Bien que les biographies des syndicalistes de l’après-guerre l’emportent sur celles des militants qui se sont plutôt investis dans les partis politiques, le lecteur peut enrichir sa connaissance du militantisme cheminot dans son ensemble. Le but final de ce travail étant l’élaboration d’une banque de données évolutive, les lecteurs sont invités à apporter toutes les corrections et les améliorations nécessaires au travail réalisé et à contribuer à le poursuivre. Qu’il nous soit donc permis de nous interroger, par exemple et au risque d’être contredits par une lecture plus complète que la nôtre, sur les raisons de l’absence apparente de cheminots d’origine étrangère qui auraient pu participer au mouvement syndical français, plus particulièrement dans la région parisienne où la main-d’œuvre étrangère est plus nombreuse qu’ailleurs.
Intérêt pour l’historien des chemins de fer  : Dans l’introduction, plusieurs types de lecture sont proposés, qui constituent autant de pistes de réflexion que les chercheurs pourront développer à partir de cet ouvrage : une utilisation statistique ou une lecture transversale pourraient mettre en exergue les origines sociales et familiales des militants ou leurs parcours, les raisons de leur engagement, leur rôle et leurs réactions à des moments-clés de l’histoire ou encore la féminisation du syndicalisme cheminot.
L’étude prosopographique ou la sociobiographie permettraient de dégager des tendances collectives, à la manière du travail entrepris pour la période antérieure à 1939 par Georges Ribeill dans « Les militants cheminots : quelques approches à partir du Maitron », in Michel Dreyfus, Claude Pennetier et Nathalie Viet-Depaule (dir.), La Part des militants, (Paris, Les éd. de l’Atelier, 1996, p. 133-144).

Copyright © AHICF, Joanne Vajda, 2003. Tous droits réservés.