Rails et Histoire

Atlas du patrimoine industriel de Champagne-Ardenne. Les racines de la modernité - Gracia Dorel-Ferre (dir.)

Reims, CRDP Champagne-Ardenne, 2005, 187 p., 40 €.

Compte rendu par Joanne Vajda, avril 2006

Depuis une trentaine d’années, l’étude du patrimoine industriel est devenue une discipline à part entière, qui associe étude du bâti, analyse du milieu géographique et social, connaissance des savoir-faire, des processus techniques de la production et des modes de vie. Cet atlas, qui rassemble les contributions d’une soixantaine d’auteurs, est le résultat des travaux menés pendant quinze ans par l’Inspection pédagogique régionale d’histoire-géographie, dans le cadre des actions de formation de la MAFPEN, puis de l’IUFM. Ces travaux avaient comme objectif de montrer l’utilité pédagogique des études portant sur le patrimoine industriel. En 1997 a été créé l’APIC, Association pour le patrimoine industriel de Champagne-Ardenne, grâce à laquelle plusieurs colloques internationaux et publications ont vu le jour. Entre 2001 et 2003, un groupe de formation par la recherche s’est donné pour objet de démontrer que le patrimoine industriel est un élément constitutif de la conscience européenne. Autant dire que cet atlas a été élaboré dans un contexte favorable, bénéficiant non seulement de l’appui du Rectorat, mais aussi d’une forte participation de la Région.
C’est l’approche thématique qui a été privilégiée dans l’atlas. Le patrimoine industriel de la Champagne-Ardenne est présenté à travers huit chapitres, qui regroupent l’utilisation de diverses énergies (énergie hydraulique, mais aussi nucléaire), le textile et le cuir, les mines et la métallurgie, l’agroalimentaire, les activités nées des ressources du sol et des arts du feu (fabrication de tuiles, de briques, de faïence, de verre et de fonte d’art), les ouvrages d’art et le patrimoine ferroviaire, les cités ouvrières, les demeures patronales et les églises ouvrières.
Malheureusement, une partie du patrimoine industriel présenté a déjà disparu. La sauvegarde de ce qui reste passe souvent par la réutilisation du bâti. Les auteurs insistent sur la nécessité de rappeler la destination passée de l’édifice, afin de pouvoir transmettre aux générations futures l’intérêt pour ce patrimoine.
Intérêt pour l’historien des chemins de fer  : quelques pages sont consacrées au patrimoine ferroviaire de la région, présenté en relation avec les ouvrages d’art dont la construction a été nécessaire pour permettre le franchissement du relief accidenté. Les auteurs rappellent l’existence des villes issues du rail, où des cités pour cheminots ont été bâties sur des terrains agricoles, sans véritable plan d’urbanisme. Il est aussi question du dépôt de Troyes-La Chapelle-Saint-Luc (abandonné dans les années 1960) et des deux gigantesques rotondes Eiffel, dont une a été détruite pendant la Seconde Guerre mondiale et la seconde démantelée en 1950. A la lecture de cet atlas, le patrimoine ferroviaire de la région ne semble pas avoir fait l’objet d’une attention particulière en vue de sa sauvegarde. Serait-ce le signe de l’oubli des « racines de la modernité » et de l’amnésie qui nous guette ?

Copyright © AHICF, Joanne Vajda, 2006. Tous droits réservés.