Rails et Histoire

Archives "secrètes", secrets d’archives ? Historiens et archivistes face aux archives sensibles - Sébastien Laurent (dir.)

Paris, CNRS, 2003, 288 p., 25 €.

Compte rendu par Joanne Vajda, juillet 2004

Plusieurs ouvrages reflétant les nombreuses discussions que suscite la nécessité de réorganiser les archives ont déjà fait l’objet de divers comptes rendus sur le site de l’AHICF. Mais Archives « secrètes », secrets d’archives ? est une contribution importante parce qu’elle rapproche davantage archivistes et historiens et s’interroge sur les conditions concrètes dans lesquelles ceux-ci exercent leurs métiers. La responsabilité de l’Etat dans la fabrication et l’écriture de l’histoire, en étroite dépendance de l’accès aux sources, est au cœur de ce débat. La publication rassemble une partie des contributions à la journée d’études « Archives “secrètes”, secrets d’archives ? » organisée par Sébastien Laurent avec la collaboration de Vincent Duclert qui s’est déroulée le 13 juin 2002 dans le cadre du Centre d’histoire de l’Europe du XXe siècle (CHEVS-FNSP). Trois axes ont guidé les interventions : la gestion des fonds et les pratiques des services d’archives, l’influence des archives sensibles sur le choix de la problématique et des objets historiques, la fabrication de l’histoire et les nouvelles perspectives de la recherche. La première tâche des contributeurs a été de définir la notion même d’archives « secrètes ». Grâce à l’intervention de Vincent Duclert, le lecteur peut se rendre compte de la situation inquiétante de la politique actuelle des archives et mesurer l’ampleur de la crise qui traverse l’organisation des archives, due essentiellement à l’absence d’engagements de la part des autorités politiques. Les contributions des archivistes permettent de comprendre comment s’organise la collecte et le tri des archives, leur conservation ainsi que les différents principes de communicabilité retenus. La plupart des interventions bouleverse les idées reçues au sujet de la censure pratiquée et de l’inaccessibilité des fonds d’archives que l’on imagine « secrets ». L’ouverture de divers fonds d’archives, tout comme l’utilisation des nouvelles sources, telles les sources audio-visuelles, génère des questionnements originaux qui élargissent le champ de la recherche, mais nécessitent aussi l’adoption d’une méthodologie particulière. C’est ce que la plupart des historiens démontre dans l’ouvrage. La question du secret occupe une place importante dans la définition de la problématique de certaines recherches, telles celles relatives au Komintern. Face à ces sources, le chercheur devrait pouvoir trouver des approches nouvelles qui enrichiraient la connaissance de certaines périodes de l’histoire qui se trouvent encore dans l’ombre.
Intérêt pour l’historien des chemins de fer  : Au-delà de l’éclairage qu’apporte l’ouvrage sur les archives sensibles, beaucoup de terrains encore peu explorés apparaissent au détour des articles, où l’histoire des chemins de fer pourrait croiser d’autres histoires, ce qui devrait inciter le chercheur à s’aventurer dans des cheminements transversaux.

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