Rails et Histoire

Alfred Gottwaldt, 1949-2015

Nous avons eu la tristesse d'apprendre le décès, le 16 août 2015 à Berlin, de notre collègue et ami A. Gottwaldt, chercheur de renommée internationale, érudit ferroviaire, conservateur honoraire du Deutsches Technikmuseum Berlin.

Alfred Gottwaldt était juriste de formation et avait également étudié les sciences politiques et l’histoire contemporaine à Francfort-sur-le-Main ; il exerça comme avocat avant de devenir, à partir de 1983 et jusqu’en 2014, conservateur du département des chemins de fer du musée allemand des techniques à Berlin. Auteur de plus de cent publications, il a su allier l’érudition ferroviaire, où il excellait, avec la recherche historique la plus rigoureuse ; ses travaux, dans la suite de ceux de Raul Hilberg, lui aussi politiste, ont établi et précisé nos connaissances de la déportation des Juifs d’Allemagne. La question de la responsabilité a toujours sous-tendu ses recherches et fondé la précision de ses analyses. Spécialiste, avec Alfred Mierzejewski, de l’histoire de la Reichsbahn de l’époque nazie, il l’a approchée différemment, non par l’histoire d’entreprise mais par son fonctionnement pour ainsi dire quotidien, avec d’une part deux volumes consacrés à la mise en œuvre par l’administration des chemins de fer de la persécution des Juifs d’Allemagne et à sa participation à la "Solution finale", qui lui avaient valu en 2010 le doctorat d’histoire, d’autre part avec des biographies de dirigeants, dont Julius Dorpmüller, et un excellent ouvrage prosopographique, dont il assura la direction, consacré à la résistance chez les cheminots allemands. En 2000, il avait ouvert un nouveau champ de recherche à l’historiographie française en présentant, lors du colloque Une entreprise publique dans la guerre, la SNCF 1939-1945 la population et l’action des cheminots allemands en France. Conservateur de renom, il était très connu et apprécié dans le milieu des musées des sciences et des techniques et bien entendu des transports. En 2011 il avait reçu avec ses collègues le congrès annuel de Transport, Traffic, Mobility à Berlin et avait fait visiter aux participants le Musée qu’il avait contribué à transformer.

Un de ses articles qui, pour modeste qu’il soit, illustre à notre avis le mieux la richesse de son approche et l’étendue de ses connaissances est celui qu’il consacra au rôle du wagon comme icône de la déportation dans les musées des transports et musées de site consacrés à la Deuxième Guerre mondiale, où il était le seul à pouvoir fondre, dans une synthèse équilibrée, au style toujours sobre et élégant, toute sa connaissance historique, son expérience de la médiation, sa compréhension des phénomènes de mémoire et de transmission des émotions et la rigueur technique de ses encyclopédiques connaissances ferroviaires.

Comme l’écrit notre collègue Dr. Susanne Kill, responsable du service historique de DB Mobility Logistics AG, elle-même auteure de plusieurs ouvrages et catalogues d’exposition sur l’histoire de la Reichsbahn pendant la guerre, "nous perdons un grand ami, mais aussi un expert, et notre mentor".

Marie-Noëlle Polino 25 août 2015

Communiqué du Deutsches Technikmuseum (en allemand) : cliquez ici.

Communiqué de l’EisenbahnKurier, dont il était un collaborateur régulier (en allemand) : cliquez ici.

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