Rails et Histoire

« A Note on the "Paris Rive-Gauche" Development Project : Opportunities and Challenges for Industrial Heritage. » - Karen Bowie

[Commentaire sur le projet de développement "Paris Rive-Gauche" : opportunités et défis pour le patrimoine industriel.], Industrial Patrimony resources, practices, cultures, 10 (2003).

Compte rendu par Joanne Vajda, février 2004

L’opération urbaine qui modifiera fondamentalement l’aspect du XIIIe arrondissement pose la question de la conservation du patrimoine industriel ayant joué un rôle important dans la vie ferroviaire et économique parisienne et de l’harmonisation de ce paysage industriel avec les nouveaux usages de ce quartier et avec le tissu urbain nouvellement créé.
L’intérêt relativement récent pour la sauvegarde du patrimoine industriel en France pousse Karen Bowie à s’intéresser aux conditions de sauvegarde et de réutilisation de ces espaces. Il y a d’un côté ceux dont la survivance est assurée, surtout grâce à la mobilisation de diverses associations et aux solutions trouvées pour leur reconversion, et de l’autre ceux dont la destinée est moins sûre, à cause de leur emplacement, de leur importante emprise au sol et de la difficulté à trouver une nouvelle affectation. Les Grands Moulins de Paris (où s’installera l’Université de Paris VII – Jussieu), la SUDAC, Société urbaine d’air comprimé (qui deviendra une école d’architecture) et les Entrepôts Frigorifiques, les « Frigos », font partie de la première catégorie, tandis que les Magasins Généraux et la Halle Sernam, appartiennent à la seconde, faisant toujours l’objet de débats controversés.
La question de ces deux derniers, pourtant considérés comme des témoignages importants de l’histoire de la construction (la Halle Sernam est l’œuvre de l’ingénieur Eugène Freyssinet), n’a pas encore été tranchée et Karen Bowie évoque les différentes solutions envisagées : préserver seulement une travée de ces bâtiments ou favoriser l’approche du « tout ou rien ». Mais l’auteur, considère qu’il serait plus intéressant de préserver plutôt des sites que des bâtiments épars, dépourvus de leur fonction initiale, dans lesquels il n’est même pas évident que des espaces seront consacrés à la présentation historique de ces lieux et de leur activité industrielle. Elle estime qu’il est capital pour cette nouvelle zone d’attirer les investisseurs, pour lesquels l’image de Paris est plutôt liée à celle de la ville-lumière plutôt qu’à celle d’une ville industrielle et que les défenseurs de l’héritage industriel devront faire preuve de beaucoup d’imagination afin de pouvoir l’intégrer dans ce quartier « high-tech et moderne ». Pour résumer, trois solutions s’offrent pour le patrimoine industriel dont le sort n’a pas encore été tranché, et, peut-on dire, au patrimoine industriel urbain en général :
- conserver la forme urbaine existante, le site, ce qui revient à conserver non seulement le bâti mais sa structure et ses réseaux
- préserver seulement un patrimoine industriel monumental, ce qui se réduit à conserver une architecture dépourvue de son contexte environnant et de sa fonction initiale, en procédant à la conversion des espaces, sans avoir la certitude que la mémoire du lieu s’y trouvera représentée et transmise
- faire table rase de la mémoire de la ville et de son passé industriel.

Dans ce contexte dialectique, sinon conflictuel, il aurait peut-être été utile que l’auteur procède à une analyse architecturale des projets en cours, afin de pouvoir déjà dégager quelques observations profitables à la prise de décisions.

Intérêt pour l’historien des chemins de fer : La reconversion de ce site ferroviaire et industriel permet de rappeler le rôle de la SNCF dans le développement de ce quartier.
Voir aussi notre compte rendu de la revue Urbanisme, hors série n°17, juillet-août 2002. Naissance d’un quartier de ville. Paris Rive Gauche, 50p.

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