Rails et Histoire

2000 ans d’histoire du partenariat public-privé pour la réalisation des équipements et services collectifs - Xavier Bezançon

Préface d’Alain Madelin, Paris, Presses de l’ENPC, 2004, 284 p.

Compte rendu par Joanne Vajda, mai 2004

Xavier Bezançon, délégué général des Entreprises générales de France, secrétaire général du Forum européen des entreprises générales, docteur ès-sciences économiques et docteur en droit, se propose de nous livrer la véritable histoire des ouvrages et services publics, dénonçant les fausses légendes qui entourent leur création, entretenues avec la complicité des historiens, qui ne font qu’écrire l’histoire officielle qui magnifie le rôle de l’Etat et occulte celle des initiatives privées. Après avoir affirmé qu’il est absurde d’imaginer que les dirigeants d’un pays ont tout construit, pensé et dirigé, le voici en train d’évoquer « les partenariats dans l’antiquité gallo-romaine » et le génie romain dans le domaine de l’invention des contrats de partenariat public-privé, affirmant que les thermes de Cluny « ont très certainement été réalisés de main privée » (p. 47). Difficile en effet de contester de tels arguments quand on contemple le pilier des nautes, mais le mécénat d’une corporation professionnelle entre-t-il dans une opposition « public-privé » ?
Après avoir rappelé « les institutions médiévales du partenariat », l’auteur évoque la Renaissance et l’esprit libéral d’Henri IV, puis le Grand Siècle, avec (dans l’ordre) le développement de la colonisation, l’enlèvement des ordures ménagères et la concession des places, des quartiers et des ponts, la création des « villes nouvelles » et la construction des canaux.
Vient ensuite le Siècle des Lumières, puis la Révolution et l’Empire, durant lequel Xavier Bezançon saisit les relations complexes entre les partenaires publics et privés : Napoléon vole, détourne les biens personnels et fait tout pour empêcher le développement de l’initiative privée.
Le XIXe siècle est enfin celui du partenariat. L’auteur évoque la naissance des chemins de fer, la mise en place, à partir de 1842, d’une politique de partenariat pour la construction des chemins de fer et… le rôle de Napoléon III dans l’organisation des compagnies de chemin de fer et celui de l’administration parisienne dans le développement de la ville (une célébration sans doute destinée à corroborer l’affirmation initiale selon laquelle le rôle des dirigeants est toujours surestimé).
L’analyse du XXe siècle s’achève avec la loi que le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin a fait voter le 2 juillet 2003, sur l’initiative d’Alain Madelin, autorisant le gouvernement à légiférer par ordonnance pour créer un contrat de partenariat et élargir les modes de recours à l’initiative privée.
Intérêt pour l’historien des chemins de fer  : S’il est vrai que, dans l’opinion populaire, la gloire de la construction des équipements et services publics revient souvent aux dirigeants, peu nombreux sont ceux qui se laissent duper par ces apparences. Affirmer qu’« aucun historien ne se mêle d’en rapporter les faits » (p. 16), c’est vouloir ignorer toute l’historiographie française dans ces domaines. Il est inutile de rappeler la longue liste des chercheurs qui ont participé à l’écriture de l’histoire des équipements et services publics et ont établi le rôle des personnes et compagnies privées au sens moderne et contemporain d’une opposition ou d’une combinaison entre secteurs dits public et privé – qui bien sûr ne peut s’appliquer à d’autres configurations, antérieures, de répartition des richesses. Nous ne citerons ici que l’importante contribution de François Caron, Histoire des chemins de fer en France. 1740-1883, Paris, Fayard, 1997 ou encore sous la direction de François Caron et Fabienne Cardot, Histoire de l’électricité en France, 1er tome, 1881-1918, Paris, Fayard, 1991, et les 2 tomes suivants qui couvrent l’histoire de l’électricité jusqu’à nos jours, ouvrages qui ne figurent pas dans la bibliographie de Xavier Bezançon.

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