Rails et Histoire

1re partie | D’une guerre à l’autre

Introduction sonore : 3’24 min © Phonotopie

Le 11 novembre 1918 marque la fin d’une guerre de quatre années qui laisse à l’ensemble des populations qui l’ont vécue et subie de profondes blessures psychologiques et physiques. Du côté français, on compte 1,7 millions de morts (militaires et civils) et 4 millions de blessés, invalides, défigurés parfois. Le traité de paix entre l’Allemagne et les Alliés, signé à Versailles le 28 juin 1919, consacre la restitution à la France de l’Alsace et de la Moselle.

Des événements politiques et sociaux de grande ampleur se succèdent pendant les années 1930, marquées par la crise économique mondiale. En Allemagne, Hitler accède au pouvoir en janvier 1933. En Espagne, la victoire des partis de gauche aux élections en février 1936 est contestée par un putsch militaire dès le mois de juillet. C’est le début d’une guerre civile qui s’achève en mars 1939 avec la prise de Madrid par Franco.

En France, une coalition de gauche remporte les élections législatives en juin 1936 ; Léon Blum prend la tête du gouvernement de Front populaire. D’importantes réformes sociales voient le jour : les congés payés, les 40 heures hebdomadaires sont les plus marquantes.

C’est le 1er janvier 1938 que naît la SNCF (Société nationale des chemins de fer français). Cette société d’économie mixte, où l’État est majoritaire, succède aux deux réseaux d’État et aux cinq compagnies privées qui assuraient jusque-là l’exploitation du réseau ferroviaire. Il faut alors unifier les pratiques professionnelles et les règlements sur l’ensemble du territoire. La SNCF emploie plus de 500 000 cheminots et cheminotes : du cantonnier à l’ingénieur, de la garde-barrière au polytechnicien cadre supérieur, du mécanicien et du chauffeur à la dactylo, ce sont des centaines de métiers, qui n’empêchent pas une forte identité corporative, forgée par les luttes syndicales et la vie dans les cités cheminotes.

© Cécile Hochard, 2015

Témoignages

© Phonotopie

La vie cheminote avant la Deuxième Guerre mondiale
10 mn 06

Robert Lebrun
La vie en cité cheminote à Tergnier (Aisne) avant la guerre

Maxime Ledru
Description de la cité cheminote à Margny-lès-Compiègne (Oise) avant la guerre

Hélène Lévêque
L’entrée au chemin de fer à la barrière de Nuisement-sur-Coole (Marne)

Michel Masserot
Trois générations de cheminots

Maxime Ledru
Une famille au service Matériel et Traction

Guy Miclon
La solidarité du monde cheminot


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© Rails et histoire

PORTRAIT

HÉLÈNE LÉVÊQUE est née en 1913 à Beaumont-sur-Vesle (Marne).
Cheminote pendant la Deuxième Guerre mondiale

DERNIÈRE FONCTION À LA SNCF : garde-barrière de 3e classe

DATES D’ENTRÉE ET DE DÉPART DE LA SNCF : 1938-1968

Hélène Lévêque est entrée à la SNCF comme garde-barrière en 1938 au passage à niveau de Nuisement-sur-Coole où elle reste jusqu’en 1942. Elle obtient alors la charge du passage à niveau 13 à Reims. Elle y reste jusqu’en 1962, date à laquelle le gardiennage du PN 13 est supprimé. Lingère au buffet de la gare de Reims pendant un an, elle termine sa carrière comme femme de ménage. Son mari, cantonnier-poseur, est mobilisé en 1939. Prisonnier de guerre, il ne revient qu’en 1945. Le témoignage d’Hélène Lévêque est particulièrement intéressant pour la description qu’elle fait du métier de garde-barrière, des conditions de vie, d’abord à la campagne puis en ville, pendant l’occupation allemande, mais aussi en tant que femme de prisonnier de guerre, seule pendant près de six années.

Hélène Lévêque a souhaité témoigner, encouragée par sa fille, car elle était heureuse de pouvoir raconter sa guerre.

Enregistrement réalisé le 10 décembre 2012 par Cécile Hochard


TRANSCRIPTION

H. Lévêque : Mon mari, il a dit : j’rentre aux chemins de fer parce que il avait pas de boulot dans les vignes et tout ça. Eh ben, il a dit, j’vais aller m’embaucher à la SNCF, c’était en 36 ça. On embauchait en 36 à la SNCF.

Enquêteur : D’accord.

H. Lévêque : Ah mais moi, j’suis rentrée après, mais mon mari, il a rentré entre 38, 37 et 38. Et pis après il a parti à la guerre parce que… c’était la guerre. Et pis après, moi au bout de… un jour à la barrière de Nuisement-sur-Coole, il m’a dit, le chef de chantier, qui était cantonnier chef, il a dit à mon mari : j’ai une garde-barrière qui va s’en aller en retraite, si tu veux. Comme on venait de se marier, on n’avait pas d’argent, il dit : ça mettra du beurre dans les épinards. Eh ben voilà, c’est comme ça que ça s’est fait.

Enquêteur : Voilà, donc entre 38-39 à peu près quoi.

H. Lévêque : Oh oui, faut compter comme ça et pis en plus, j’étais à l’écart du village, j’étais à 1 km.

Enquêteur : Et cette maison de garde-barrière, elle était où exactement ?

H. Lévêque : Eh ben, elle était à Nuisement-sur-Coole, de Châlons à Troyes.

Le contexte des années 1930

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Carnet pour la délivrance de billets de congés annuels, Paris, 14 mai 1937, Compagnie du Paris-Lyon-Méditerranée (PLM).
Appel à témoignages, Maxime Ledru
© SNCF, Service archives documentation, archives historiques, D00468288

- Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Parmi les réformes sociales mises en place par le gouvernement du Front populaire, les congés payés occupent une place de choix dans la mémoire collective. De nombreux témoins rencontrés évoquent leurs premières vacances en famille ou les premiers touristes venus en train jusqu’à leur lieu de villégiature, alors que les cheminots bénéficiaient déjà de deux semaines de congés payés depuis le statut unique obtenu en 1920.


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Affiche du Secours socialiste à l’Espagne républicaine, mai 1936.
Affiche dessinée par Raymond Gid.
© Archives nationales, 72AJ/718

- Cliquez sur l’image pour l’agrandir

À partir de janvier 1939, des milliers de républicains espagnols traversent la frontière française pour échapper aux exactions des franquistes. Des camps de fortune les accueillent, dans des conditions très précaires, majoritairement dans les Pyrénées- Orientales.

La naissance de la SNCF

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Affiche "Société Nationale des Chemins de Fer Français. Le rail à votre service", 1938.
Dessinée par Marcelle Hirtz et Paul Martial
© SNCF, Centre national des archives historiques, VDR 2129

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Dès sa création en 1938, la SNCF entend se doter d’une identité visuelle marquante et publie une série d’affiches à destination du grand public. Celle présentée ici est considérée comme la première affiche de la toute nouvelle entreprise.


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Nomination de René Carré comme ouvrier, 31 mai 1938.
Appel à témoignages, Monique Roumy
© SNCF, Service archives documentation, archives historiques, D00468268

- Cliquez sur l’image pour l’agrandir

La création de la SNCF entraîne de nombreux changements administratifs et de dénomination. Les documents à en-tête des anciennes compagnies sont utilisés encore pendant plusieurs années avant que l’ensemble des formulaires officiels soit estampillé SNCF.


Carte des dépôts, ateliers et régions SNCF en 1939.
© Carte réalisée par Pandélis Mavrogiannis pour Rails et histoire
- Cliquez ici pour voir la carte en détail

La SNCF, dont la création est effective le 1er janvier 1938, est l’héritière de cinq compagnies privées et de deux réseaux d’État et d’autant d’univers ferroviaires différents, tant sur le plan technique que sur celui de la culture d’entreprise. La nouvelle société définit cinq régions opérationnelles, aux frontières souvent identiques à celles des anciennes compagnies. Ainsi, la Région Nord gère le réseau ferré de l’ancienne compagnie homonyme, la Région Ouest reprend celui de l’Administration des Chemins de fer de l’État, la Région Sud-Ouest les réseaux des compagnies du P.O. (Paris-Orléans) et du Midi, la Région Sud-Est calque le réseau du P.L.M. (Paris-Lyon-Méditerranée), alors que la Région Est réunit l’ancien réseau de la compagnie homonyme et celui de l’Administration des Chemins de fer d’Alsace et de Lorraine.

Cette carte représente les cinq régions SNCF au 1er janvier 1939, après la modification à la marge des frontières interrégionales décidée le 28 septembre 1938 (Ordre Général n°14).

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